OWNI http://owni.fr News, Augmented Tue, 17 Sep 2013 12:04:49 +0000 http://wordpress.org/?v=2.9.2 fr hourly 1 Vendredi c’est Graphism http://owni.fr/2012/01/06/vendredi-cest-graphism/ http://owni.fr/2012/01/06/vendredi-cest-graphism/#comments Fri, 06 Jan 2012 10:11:22 +0000 Geoffrey Dorne http://owni.fr/?p=93035

Aujourd’hui est un jour très spécial : c’est le premier “Vendredi c’est Graphism” de l’année 2012 et que, par conséquent nous sommes à la 3e saison. Cerise sur la soucoupe, la troisième version d’Owni a été mise en ligne mercredi et je suis d’autant plus content de pouvoir vous parler design et graphisme sur un site qui sait ce que cela signifie !

Bref, c’est ravi que je démarre cette nouvelle saison !

Bon vendredi et… bon “Graphism” !

Geoffrey

On commence la semaine avec cette série d’images qui m’a tapé dans l’œil hier. Il s’agit d’un travail critique de Viktor Hertz, graphiste, qui pose la question du logo d’Apple et du slogan “Think Different”. Il a ainsi détourné le célébrissime logo d’Apple que l’on connait tous et il l’a retourné, trituré, hachuré, déformé, déplacé… En précisant ses intentions par ce texte :

Cher Apple,

Ceci n’est pas une atteinte à votre entreprise ni logo. Ceci est mon hommage à Apple et à toute la créativité qui entoure votre entreprise et vos produits. Si vous voulez que je retire ces images, s’il vous plaît contactez-moi et je le ferai. J’ai beaucoup d’autres idées. J’ai fait ces logos en moins de 48 heures, donnez-moi une semaine et je vous en ferai une centaine. Je pense différemment.

Là où, je pense que Viktor se trompe, c’est qu’Apple vise la qualité et pas la quantité. À voir s’il se fera remarquer par la firme à la pomme… En attendant, voici son travail graphique :thikn Et si le logo dApple pensait vraiment différemment ?

source

La chaîne de télévision latino-américaine “AXN” a réalisé une vidéo typographique pour la promotion d’une de leur série intitulée Criminal Minds, série dans laquelle les principaux personnages sont une équipe de profilers du FBI qui analysent les esprits des criminels pour déduire leurs prochaines actions. L’équipe de créatifs raconte que l’idée de cette vidéo était de filmer le corps de l’un des ces criminels et d’y tracer ses pensées, sa psychologie, etc.

Le résultat est à mi-chemin entre le tatouage, la peinture, le numérique et le sensible.

Cliquer ici pour voir la vidéo.

source

On continue notre revue de la semaine avec la suite du “Projet Milo”,un projet de street-art dans les rues de Paris. Ce projet met en scène la ville, la rue et crée des situation comme ces personnages qui semblent défier les lois de la gravité, comme ces flèches dans les murs, comme ces interrupteurs sortis de nulle part. À la frontière du concret et de l’onirique, ce projet nous interroge sur le réenchantement du quotidien et de ses règles : “Pourquoi ne pourrais- je pas marcher sur le plafond ?”… la question est posée, la réponse, la voici :

La vidéo de 2010 :

Cliquer ici pour voir la vidéo.

Les photos de 2012 :

source

Cette semaine, j’ai également découvert une toute petite vidéo qui m’a bien fait rire et dédicacée à toutes ces personnes qui klaxonnent comme des fous sur la route sur la route. Réalisée par Nick Khoo, c’est simple, graphique et il s’est fait plaisir ;-) Côté technique, Nick n’a utilisé uniquement que l’outil “Formes” du logiciel After Effects, c’est tout. À partir de là, il a utilisé le script Duik (un script vous permettant d’animer un personnage dans After Effects).

Cliquer ici pour voir la vidéo.

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L’éternel débat entre “Nerd” et “Geek” fait toujours rage et souvent, on tend à confondre les deux mots. Pourtant, il y a tellement de différences entre les deux, le geek n’a pas le même téléphone que le nerd, il ne va pas non plus voir les mêmes films au cinéma, il ne lit pas les mêmes livres… Vous l’aurez compris, nous sommes dans la caricature et cette infographie reflète parfaitement ce côté caricatural tout en essayant de résumer les arguments qui différencient bien nos deux amis, monsieur geek et monsieur nerd.

Le WTF de cette semaine est un doux mélange entre gothique & nature… “grrraaaou” ! Réunis sur le site “Goths up threes”, ce Tumblr répertorie tous les clichés de ces amis de la nature et immortalise leur retour à la terre. Ça se passe de commentaires, par contre ça se regarde avec délectation ! Un grand moment de WTF et de poésie !

source

“Vendredi c’est Graphism” est déjà terminé, mais rassurez-vous, vous pouvez toujours aller voir les dessins sur le site d’Anne Martelote, en faire vous-même avec cette application iPad encore vous défouler avec ce jeu vidéo en noir et blanc intitulé Parallax.

Bon week-end et à la semaine prochaine pour de nouvelles aventures ;-)

Oh ! ET meilleurs vœux à tous ! Et si jamais vous voulez de mes nouvelles

Geoffrey

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La ville fertile, une amie qui nous veut du bien ? http://owni.fr/2011/05/02/la-ville-fertile-une-amie-qui-nous-veut-du-bien/ http://owni.fr/2011/05/02/la-ville-fertile-une-amie-qui-nous-veut-du-bien/#comments Mon, 02 May 2011 06:15:58 +0000 Philippe Gargov http://owni.fr/?p=59905 Urban After All S01E15

La nature a horreur du vide, dit l’adage. Et si la nature avait aussi horreur du “plein” que représente la ville ? La question se pose, au vu des nombreuses œuvres culturelles mettant en scène une nature hostile à l’égard de la civilisation et de son principal avatar, la ville dense (cf. exemples ci-dessous, qui mêlent films catastrophes ou jeux écolo).

Bizarrement, assez peu d’architectes et urbanistes semblent vouloir se saisir de cette problématique. Ainsi, alors que l’occasion s’y prêtait à merveille, l’exposition “La ville fertile” (qui se tient en ce moment à la Cité de l’architecture, et à qui j’emprunte cette formule) n’aura jamais abordé cette face sombre de la nature urbaine, à mon grand regret / étonnement. Il y aurait pourtant énormément à en dire. Comment expliquer la profusion de ces visions post-apocalyptiques dans lesquelles la nature reprend ses droits sur l’Humain (à l’image de ces diaporamas ou de ces illustrations) ? Et surtout, qu’est-ce que cela traduit de notre rapport à la nature urbaine ?

De Phénomènes à Princesse Mononoké

Les exemples sont légion dans la culture populaire, notamment dans la seconde partie du XXe siècle, qui mettent en scène la révolte de la nature face à l’homme moderne. La multiplication de nanars impliquant plantes carnivores et animaux enragés en est un excellent témoin. Le site “Agressions animales” recense d’ailleurs ces œuvres de série B, avec un sous-titre on ne peut plus explicite : “La revanche de la Nature sur l’Homme. Animaux tueurs et catastrophes naturelles au cinéma.”

Plus subtil mais pas forcément meilleur, le récent Phénomènes, de M. Night Shyamalan (2008) s’inscrit lui aussi dans cette voie, en expliquant le suicide massif de nombreuses personnes comme “une revanche de la nature, qui sécréterait des toxines atteignant le cerveau humain et engendrant dépression et envie immédiate de mettre fin à ses jours. [...] Faux film catastrophe, Phénomènes parvient à instaurer de la tension en ne filmant que des arbres ou de l’herbe qui bouge au gré du vent” (Merci @Belassalle)

Cliquer ici pour voir la vidéo.

Loin des nanars et blockbusters hollywoodiens, on pense aussi et surtout à la conclusion de Princesse Mononoké [en] (1997), dans laquelle le Dieu-Cerf, aveuglé par la colère, détruit la colonie humaine pré-industrielle dont les ruines finiront recouvertes par une flore plus apaisée… (à partir de 7′05″)

Cliquer ici pour voir la vidéo.

Le Studio Ghibli, célèbre pour ses penchants écologiques, est d’ailleurs coutumier du fait. Dans Pompoko (1994), un tribu de tanukis tentent ainsi de lutter contre la croissance d’une ville nouvelle. On pense aussi à Ponyo sur la falaise [en] (2008) et ses vagues destructrices, ou au Château dans le Ciel (1986) recouvert par la flore après la disparition de ses habitants.

Encore au Japon, l’épilogue de Final Fantasy VII (1997) pose le même constat d’une nature qui finira tôt ou tard par recouvrir les restes de la civilisation humaine (merci @LeReilly). On y découvre ainsi Midgar, principale agglomération du jeu, recouverte par une flore envahissante 500 ans après le dénouement “officiel” de l’histoire. Une reprise à peine subtile de “l’hypothèse Gaïa” de James Lovelock (voire surtout “La revanche de Gaïa”, 2001), la ville de Midgar étant tristement célèbre pour son réacteur puisant sans vergogne l’énergie “Mako” de la planète…

Cliquer ici pour voir la vidéo.

Cette liste est évidemment loin d’être exhaustive (on aurait ainsi pu évoquer les récents I Am Legend [en] ou The Road [en] (via @NicolasNova), la série The Walking Dead [en], le jeu vidéo Enslaved [en] (via @LeReilly) ou encore L’Armée des 12 Singes qui mériterait presque une chronique entière). N’hésitez pas à proposer vos propres références en commentaires !

Se faire pardonner les erreurs d’une industrialisation ravageuse

Chacun des exemples évoqués ci-dessous évoque, avec plus ou moins de violence, la vanité de la civilisation (représentée par la ville et la société industrielle) face au réveil de Mère Nature. La profusion de telles images dans la culture populaire aura ainsi grandement nourri une relation de méfiance, voire de défiance, à l’égard de la nature (quitte à tomber dans le délire new age au goût douteux). Ce parallèle entre La Planète des Singes (1968) et le récent séisme nippon symbolise presque à lui seule toute l’importance de cet héritage culturel dans notre imaginaire collectif (via @sandiet)

Sans tomber dans la psychologie de comptoir, comment expliquer cette situation ? Après deux siècles d’industrialisation décomplexée, l’humanité se trouve confrontée à un double retour de bâton : l’épuisement des ressources naturelles ainsi que le réchauffement climatique remettent en cause les fondements mêmes des sociétés modernes. À défaut de pouvoir réparer ses erreurs, ou même de pouvoir en stopper la dynamique (décroissance), l’humanité chercherait ainsi à faire le dos rond face au courroux de Mère Nature.

Le constat est d’autant plus flagrant en Occident, dont la culture judéo-chrétienne (profondément urbaine) évolue peu à peu sous l’influence (entre autres) des pop-cultures orientales. Comme s’en inquiétait le pasteur Eric George sur son blog :

On voit en effet réapparaître, sous maints aspects, l’idée d’une nature vivante, sacrée qu’il nous faudrait respecter sous peine d’encourir sa colère. [...] Pikachu et consorts sont une version à peine modernisée des esprits des eaux et des forêts. Je pourrais évoquer le succès (mérité) de dessins animés bien plus poétiques et subtils tels que Princesse Mononoke ou Le voyage de Chihiro. Une part non négligeable du discours écologique me paraît donc s’accompagner d’un retour à la personnification et à la vénération de la Nature.

Maquillage maladroit

Pour le meilleur, diront certains. Mais peut-être aussi pour le pire, si l’on considère que cette sacralisation excessive de la Nature a des répercussions sur la manière dont les acteurs urbains tentent de l’exploiter. C’est en tous cas le sentiment que j’ai lorsque je vois les propositions de “villes fertiles” exposées à la Cité de l’architecture. À trop vouloir “s’excuser”, on finit par frôler l’absurde en tentant de maquiller les erreurs du passé à coups de jolies plantes vertes. J’évoquais notamment les cas du Plateau de Saclay (une hérésie sur le plan des mobilités durables, puisqu’une voiture est indispensable pour se rendre sur place), et du périphérique parisien “reboisé” (on est ici clairement dans le camouflage, voire le peinturlurage, sans jamais remettre en question la pertinence de l’automobile en ville). À la sortie, l’effet est bien souvent contraire à l’objectif initial, détournant les esprits d’autres solutions moins clinquantes, mais potentiellement plus efficaces (télétravail et tiers-lieux, par exemple. On retrouve ici la fameuse “panne d’imaginaire” déjà évoquée par Nicolas dans son analyse des monorails).

Comment sortir de cette logique pernicieuse ? Il me semble que la clé réside (comme souvent) dans la question des imaginaires, et notamment des imaginaires “dystopiques” (ou plus largement négatifs). Ceux-ci devraient être abordés de front plutôt qu’évacués au profit de leurs pendants involontairement “bisounours” (ou volontairement “greenwashés”), à l’image des designers-urbanistes de Terreform qui n’hésitent pas à se réappropier des visuels “post-apocalyptiques”… souvent avec talent. Nous aurons l’occasion d’approfondir cette face sombre de la ville fertile dans une prochaine chronique, qui complétera ce premier tour d’horizon.

Il semblerait ainsi que la contre-utopie permette ainsi, bien mieux que l’utopie, de penser les mutations du monde en ouvrant le champ des imaginaires à d’autres horizons créatifs. C’est en tous cas le pari de Tomorrow’s Thoughts Today avec ce clip titré Productive Dystopia (via Transit-City) :

Cliquer ici pour voir la vidéo.

Arrêtons donc de placer la nature urbaine sur un piédestal, et transformons la crainte qu’elle nous inspire en déférence productive.


PS : Pour la petite anecdote, c’est un commentaire d’Antoine T. sur notre première chronique Urban After All qui nous a inspiré l’idée d’un tel sujet :

Un joli préambule à la réflexion, une piste importante manquante selon moi : l’aspect environnemental. On voit venir de plus en plus de scénarios dont l’histoire siège au sein d’un monde climatiquement bouleversé. Le film de zombies, c’est l’homme contre l’homme, oui mais pas seulement. C’est aussi la nature qui regagne sa place au sein des film et l’homme qui retouve sa condition de lutte pour la survie quotidienne (cf. I Am Legend, Walking Dead)…

La boucle est bouclée… Qu’il en soit remercié, et tous les commentateurs avec !

Chaque lundi, Philippe Gargov (pop-up urbain) et Nicolas Nova (liftlab) vous embarquent dans le monde étrange des “urbanités” façonnant notre quotidien. Une chronique décalée et volontiers engagée, parce qu’on est humain avant tout, et urbain après tout ;-) Retrouvez-nous sur Facebook et Twitter (Nicolas / Philippe) !

Image CC Flickr PaternitéPas d'utilisation commercialePartage selon les Conditions Initiales Leonard John Matthews

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http://owni.fr/2011/05/02/la-ville-fertile-une-amie-qui-nous-veut-du-bien/feed/ 16
Journalisme scientifique: ne nous précipitons pas http://owni.fr/2011/04/25/journalisme-scientifique-ne-nous-precipitons-pas/ http://owni.fr/2011/04/25/journalisme-scientifique-ne-nous-precipitons-pas/#comments Mon, 25 Apr 2011 13:12:45 +0000 pascallapointe http://owni.fr/?p=58971
Article publié sur OWNISciences sous le titre, Journalistes: une deadline plus longue pour la science?

Cas journalistique typique. Le chercheur X publie sa découverte dans Nature. Quelques heures plus tard, des dizaines ou des centaines de journalistes —et de blogueurs— en ont fait un résumé pour leur site, journal, radio ou télé. Et le public en ressort avec l’impression d’une autre grande avancée.

Les scientifiques, eux, savent qu’une recherche unique ne fait pas une révolution et qu’il faudra attendre qu’une deuxième recherche, et même une troisième, confirment les résultats pour qu’on soit sur un terrain solide. Ce qui peut prendre au moins deux ou trois ans.

Je disais à ce sujet à mes étudiants, il y a quelques semaines, que l’information scientifique s’en porterait sans doute mieux si les journalistes n’avaient pas cette obligation de rapporter une découverte, sitôt qu’elle est annoncée par ceux qui ont intérêt à l’annoncer. Mais bien sûr, c’est utopique : qui serait assez stupide pour s’asseoir sur une grosse nouvelle pendant deux ou trois ans?

Et bien dans certaines circonstances, ce n’est pas complètement utopique. Je viens de découvrir qu’en janvier, John Rennie, ancien rédacteur en chef du Scientific American, a commencé par réfléchir tout haut en écrivant ceci dans The Guardian :

Qu’arriverait-il si tous les rédacteurs en chef et journalistes de la presse scientifique élargie, incluant les légions de blogueurs de science, s’auto-imposaient un moratoire leur interdisant d’écrire sur de nouvelles découvertes jusqu’à six mois après leur publication?

Réalisant peut-être combien déconnectée de la réalité pouvait sembler son idée, il est revenu à la charge une semaine plus tard en offrant cette fois un exemple.

Condenser les informations en une chronologie

Le journaliste britannique Ed Yong, sur son (excellent) blog de vulgarisation, a publié une chronologie interactive de la recherche sur la reprogrammation des cellules souches adultes (les IPSC, pour les intimes).

Inspiré par une nouvelle recherche sur ces cellules souches (qui pourraient être une alternative aux plus controversées cellules souches d’embryons), Yong a d’abord mis à jour un texte qu’il avait écrit précédemment, réalisant du coup combien, depuis 2005, chaque texte sur ces cellules doit répéter encore et encore les mêmes éléments de contexte. Pourquoi ne pas rassembler ce contexte en un seul endroit ?

Le résultat est original, et intrigant. Le sujet ne passionnera pas les foules, mais il illustre ce qu’il est possible de faire avec le logiciel utilisé —Dipity.com. John Rennie y voit, lui, une forme de réponse à son appel du Guardian :

Même si nous [journalistes] sommes tous d’accord pour dire que la meute journalistique conduite par communiqués de presse est chose malsaine, qui agit réellement contre ce phénomène ?

Un autre vétéran du journalisme scientifique américain, Paul Raeburn, y va lui aussi d’un commentaire admiratif face à l’expérience de Yong, mais se fait toutefois rappeler par un de ses lecteurs que ce n’est pas de la nouvelle : cette chronologie, « c’est une jolie façon de présenter la science, mais ce n’est pas un article d’actualité ».

Un second lecteur renchérit en comparant cela à Storify, que Josée Nadia m’a fait découvrir cette semaine : un outil pour raconter l’actualité différemment, en puisant dans les médias sociaux.

Quant à Ed Yong, il raconte qu’il lui a fallu sept heures pour créer cette chronologie, ce qui est tout de même long pour un travail non rémunéré (et qui contient moins d’informations qu’un article équivalent). N’empêche que :

Je pense que la chronologie fonctionne parce que, comme n’importe quelle bonne image, elle raconte une histoire. Vous la lisez et vous saisissez mieux cette intense compétition (beaucoup de gens publiant en même temps dans différentes revues), qui sont les joueurs-clefs (les mêmes noms ne cessent de revenir) et le fait qu’il s’agisse d’un domaine qui progresse lentement. Ça fonctionne parce que la chronologie ajoute quelque chose.

[J’ai remarqué que] les articles journalistiques sur ce sujet sont incroyablement répétitifs. Ils doivent toujours aborder les mêmes éléments pour donner une idée du contexte… Je peux à présent intégrer [à mes textes] mon petit gadget et laisser les lecteurs découvrir le contexte par eux-mêmes.

Mais en effet, tous ceux qui réagissent ont raison, ceci n’est pas de l’actualité. Et tant qu’auditeurs et lecteurs demanderont de l’actu, on aura besoin des journalistes pour rapporter l’actualité d’une façon rapide, efficace… et, malheureusement, classique.

Mais les blogueurs, eux, pourraient se permettre de jouer différemment.

>> Article initialement publié sur SciencePresse.

>> Photo Flickr PaternitéPas d'utilisation commercialePartage selon les Conditions Initiales Stéfan

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http://owni.fr/2011/04/25/journalisme-scientifique-ne-nous-precipitons-pas/feed/ 4
Faire publier un papier… scientifique http://owni.fr/2011/04/20/faire-publier-un-papier-scientifique/ http://owni.fr/2011/04/20/faire-publier-un-papier-scientifique/#comments Wed, 20 Apr 2011 08:20:40 +0000 Roud http://owni.fr/?p=34613 Il y a beaucoup de choses que l’on apprend sur la longueur dans la recherche, avec l’expérience. Mais ce que je trouve tout à fait étonnant, particulièrement dans le paysage français, est qu’on n’apprend pas ou peu les petits trucs pour faire publier un papier. Oh bien sûr, le contenu scientifique reste l’essentiel, mais, même s’il est très codifié et très formel, le processus de revue par les pairs n’a rien d’un processus pur et éthéré, il y a une forte composante humaine qui compte. Oublier cela peut mener un papier à sa perte. Je n’ai pas la prétention de faire la leçon à qui que ce soit, mais voici quelques éléments (largement de bon sens) glanés sur ma propre expérience, en tant que publiant et referee (ndlr: chercheur contacté par une revue scientifique pour lire et commenter les articles proches de son champ de recherche avant la publication), ainsi que sur la base d’observations de mes chefs et collègues très très éminents. Encore une fois, n’hésitez pas à ajouter vos propres conseils ! (et à me dire si vous êtes d’accord ou pas)

Faites relire par vos amis

Le processus de revue par les pairs dans le cadre du journal n’est que la fin de l’histoire, pas le début. Avant de soumettre un papier, il est très important de lui faire subir un cycle de revue informelle par des collègues compétents et des amis. Le genre d’amis qui peuvent vous dire librement si votre papier est bullshit ou si au contraire c’est le papier du siècle. Cela vous aidera à retravailler le papier pour expliquer les points imprécis, et à bien calibrer la revue où le publier.

Networkez

De la même façon, il est très important de bien se familiariser avec le réseau plus étendu de collègues à même de lire votre papier. Allez en conf, donnez des séminaires, échangez . Ces collègues sont autant de referees potentiels, on a toujours plus de scrupules à détruire les papiers d’un collègue qu’on trouve sympathique , et parfois les communautés sont si petites qu’on en a vite fait le tour.

Choisissez bien l’éditeur scientifique

Un éditeur a littéralement un pouvoir de vie ou de mort sur un papier. Il peut même parfois passer outre l’avis des referees s’il pense que votre papier a été injustement critiqué. Là encore, tout le côté humain et informel en amont pour connaître les éditeurs est important. J’ai vu des big shots passer carrément des coups de fil à des éditeurs qu’ils connaissaient depuis de nombreuses années pour faire passer des papiers.

Le referee a toujours raison…

Si un referee donne un conseil, faites le maximum pour satisfaire ses envies. D’une part, il se sentira valorisé d’être écouté, d’autre part, cela fera un point de moins critiqué. La dernière chose que vous voulez faire, c’est énerver un referee. J’ai vu des auteurs se tirer littéralement des balles dans le pied et condamner des papiers largement publiables en prenant les referees (en l’occurrence moi) pour des imbéciles. Par exemple, si un referee vous demande de mieux expliquer tel ou tel point, réécrivez toute la partie correspondante, travaillez dessus, montrez de la bonne volonté. Trop souvent, les auteurs se contentent de quelques modifs cosmétiques, histoire de noyer le poisson.

… sauf quand il a tort

Parfois, on n’a pas le choix, il faut se payer un referee pour faire passer un papier. Si un referee est vraiment trop mauvais, vous devez convaincre l’éditeur qu’il ne doit pas tenir compte de son avis. C’est un fusil à un coup. Si ça marche, c’est bingo, si ça ne marche pas, vous pouvez dire adieu à la publication dans ce journal. Ceci doit être fait sur des critères purement scientifiques, ce n’est possible que si le referee a fait la preuve dans sa revue qu’il ne comprenait rien à l’histoire. Ça m’est arrivé une fois dans un papier : un referee a rejeté mon modèle au motif qu’il était linéaire, alors qu’il était tout à fait non linéaire. Le papier, rejeté dès le premier round, a été finalement resoumis et accepté.

Changez de revue

Tout le monde ne sera pas nécessairement d’accord avec ça, mais un point qui me frappe chez certains est leur insistance à vouloir faire passer un papier donné dans une revue donnée. Je peux un peu comprendre quand il s’agit d’une revue majeure (comme Nature ou Science), moins quand il s’agit d’une revue moins prestigieuse. Le processus de revue par les pairs est long et douloureux, et, dans votre carrière vous serez jugés en partie sur votre nombre de papiers (en ce sens, l’intérêt du big shot établi qui veut son Science pourra parfois s’opposer à celui de l’étudiant qui doit publier pour partir au plus vite). Vous ne pouvez pas vous permettre de passer un an à espérer la publication d’un papier dans une revue donnée, avec le risque de vous faire jeter après une longue lutte avec les referees, vous avez votre recherche à faire à côté. Il y a suffisamment de revues pour publier votre recherche, et si elle est de qualité, ça finira bien par passer dans une revue pas trop mauvaise. Bref, si ça sent le roussi et devient trop compliqué, passez à la revue suivante, ou ciblez des stratégies alternatives – type Plos One- et comptez sur le processus de post-peer-review pour valoriser ce papier

Utilisez vos chefs

Particulièrement quand vous êtes étudiant ou post-doc, tout ce processus de réseautage et d’influence ne vous sera pas familier. Ce sera à votre chef de faire ce travail, observez, apprenez, et exploitez-le. C’est une partie importante de son travail, rappelez-lui gentiment.

Utilisez le post-peer-review

La publication n’est pas la fin de l’histoire, faites de la pub pour votre recherche, parlez-en en séminaire, mettez vos publis en valeur, si quelqu’un fait des recherches similaires, vous pouvez même vous permettre de lui envoyer votre papier. Ce processus aidera la publication du prochain !

>> Article initialement publié sur Matières Vivantes.

>> Photos Flickr CC PaternitéPartage selon les Conditions Initiales par Sam Hames et CC-NC PaternitéPas d'utilisation commercialePartage selon les Conditions Initiales par widdowquinn.

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http://owni.fr/2011/04/20/faire-publier-un-papier-scientifique/feed/ 50
Journalistes: une deadline plus longue pour la science? http://owni.fr/2011/04/14/journalistes-une-deadline-plus-longue-pour-la-science/ http://owni.fr/2011/04/14/journalistes-une-deadline-plus-longue-pour-la-science/#comments Thu, 14 Apr 2011 14:26:33 +0000 pascallapointe http://owni.fr/?p=34566 Cas journalistique typique. Le chercheur X publie sa découverte dans Nature. Quelques heures plus tard, des dizaines ou des centaines de journalistes —et de blogueurs— en ont fait un résumé pour leur site, journal, radio ou télé. Et le public en ressort avec l’impression d’une autre grande avancée.

Les scientifiques, eux, savent qu’une recherche unique ne fait pas une révolution et qu’il faudra attendre qu’une deuxième recherche, et même une troisième, confirment les résultats pour qu’on soit sur un terrain solide. Ce qui peut prendre au moins deux ou trois ans.

Je disais à ce sujet à mes étudiants, il y a quelques semaines, que l’information scientifique s’en porterait sans doute mieux si les journalistes n’avaient pas cette obligation de rapporter une découverte, sitôt qu’elle est annoncée par ceux qui ont intérêt à l’annoncer. Mais bien sûr, c’est utopique : qui serait assez stupide pour s’asseoir sur une grosse nouvelle pendant deux ou trois ans?

Et bien dans certaines circonstances, ce n’est pas complètement utopique. Je viens de découvrir qu’en janvier, John Rennie, ancien rédacteur en chef du Scientific American, a commencé par réfléchir tout haut en écrivant ceci dans The Guardian :

Qu’arriverait-il si tous les rédacteurs en chef et journalistes de la presse scientifique élargie, incluant les légions de blogueurs de science, s’auto-imposaient un moratoire leur interdisant d’écrire sur de nouvelles découvertes jusqu’à six mois après leur publication?

Réalisant peut-être combien déconnectée de la réalité pouvait sembler son idée, il est revenu à la charge une semaine plus tard en offrant cette fois un exemple. Le journaliste britannique

Condenser les informations en une chronologie

Ed Yong, sur son (excellent) blog de vulgarisation, a publié une chronologie interactive de la recherche sur la reprogrammation des cellules souches adultes (les IPSC, pour les intimes).

Inspiré par une nouvelle recherche sur ces cellules souches (qui pourraient être une alternative aux plus controversées cellules souches d’embryons), Yong a d’abord mis à jour un texte qu’il avait écrit précédemment, réalisant du coup combien, depuis 2005, chaque texte sur ces cellules doit répéter encore et encore les mêmes éléments de contexte. Pourquoi ne pas rassembler ce contexte en un seul endroit ?

Le résultat est original, et intrigant. Le sujet ne passionnera pas les foules, mais il illustre ce qu’il est possible de faire avec le logiciel utilisé —Dipity.com. John Rennie y voit, lui, une forme de réponse à son appel du Guardian :

Même si nous [journalistes] sommes tous d’accord pour dire que la meute journalistique conduite par communiqués de presse est chose malsaine, qui agit réellement contre ce phénomène ?

Un autre vétéran du journalisme scientifique américain, Paul Raeburn, y va lui aussi d’un commentaire admiratif face à l’expérience de Yong, mais se fait toutefois rappeler par un de ses lecteurs que ce n’est pas de la nouvelle : cette chronologie, « c’est une jolie façon de présenter la science, mais ce n’est pas un article d’actualité ».

Un second lecteur renchérit en comparant cela à Storify, que Josée Nadia m’a fait découvrir cette semaine : un outil pour raconter l’actualité différemment, en puisant dans les médias sociaux.

Quant à Ed Yong, il raconte qu’il lui a fallu sept heures pour créer cette chronologie, ce qui est tout de même long pour un travail non rémunéré (et qui contient moins d’informations qu’un article équivalent). N’empêche que :

Je pense que la chronologie fonctionne parce que, comme n’importe quelle bonne image, elle raconte une histoire. Vous la lisez et vous saisissez mieux cette intense compétition (beaucoup de gens publiant en même temps dans différentes revues), qui sont les joueurs-clefs (les mêmes noms ne cessent de revenir) et le fait qu’il s’agisse d’un domaine qui progresse lentement. Ça fonctionne parce que la chronologie ajoute quelque chose.

[J’ai remarqué que] les articles journalistiques sur ce sujet sont incroyablement répétitifs. Ils doivent toujours aborder les mêmes éléments pour donner une idée du contexte… Je peux à présent intégrer [à mes textes] mon petit gadget et laisser les lecteurs découvrir le contexte par eux-mêmes.

Mais en effet, tous ceux qui réagissent ont raison, ceci n’est pas de l’actualité. Et tant qu’auditeurs et lecteurs demanderont de l’actu, on aura besoin des journalistes pour rapporter l’actualité d’une façon rapide, efficace… et, malheureusement, classique.

Mais les blogueurs, eux, pourraient se permettre de jouer différemment.

>> Article initialement publié sur SciencePresse.

>> Photo Flickr CC-NC-NDLPaternitéPas d'utilisation commercialePas de modification par Mike Bailey-Gates.

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La machine à remonter dans le temps http://owni.fr/2009/09/10/la-machine-a-remonter-dans-le-temps/ http://owni.fr/2009/09/10/la-machine-a-remonter-dans-le-temps/#comments Thu, 10 Sep 2009 16:33:57 +0000 Agnès Maillard http://owni.fr/?p=3473

C’est fait, je m’y colle : Le Monolecte va sortir sur support-papier, dans un (voire probablement plusieurs) vrai bouquin, avec une jolie couverture, des notes de bas de page et même une photo officielle de l’auteur en quatrième de couverture, enfin, si Éric se rappelle qu’il ne doit pas m’oublier.

L'heure des vendangesC’est une idée qui traîne depuis pas mal de temps sans jamais aboutir nulle part. Une fois, j’avais même demandé à mes lecteurs de commenter leur sélection personnelle pour monter un best of, et puis rien. Ni la sélection, ni l’ouvrage thématique ne me satisfaisaient, il y avait toujours quelque chose de plus urgent à faire et le projet de pouvoir lire Le Monolecte aux chiottes est resté au fond d’un tiroir. Il y a eu aussi quelques contacts éditoriaux, mais aussi l’impression persistante que l’édition traditionnelle est déjà de l’histoire ancienne, que je n’ai pas envie de me casser le train 3 mois pour fourguer mon travail aux forceps à une boutique qui s’en fout un peu, ne fera que des efforts très modérés pour me conseiller sur les choix éditoriaux, la mise en page, la promo et la distribution, mais qui compte bien garder l’essentiel des gains pour elle, si gains il y a. Et puis, il y a 15 jours, me retrouvant subitement avec un trop-plein de temps libre, j’ai exhumé un vieux fichier PAO inachevé et j’ai repris le collier pour une version in extenso, à progression chronologique, un peu comme le journal de bord d’un monde qui se casse la gueule au ralenti.

Page après page, je récupère la matière première produite il y a 4 ou 5 ans, je corrige les fautes, applique ma feuille de style, remonte les hyperliens pour débusquer les sites morts, recherche de nouvelles références, ajoute des notes, contextualise, replace dans la perspective historique. Il est frappant de se rendre compte à chaque texte à quel point le syndrome du poisson rouge est toujours aussi puissant, à quel point une information chasse toujours l’autre et à quel point, surtout, ceux qui prétendent nous gouverner se foutent de nous à longueur de temps.

Petit retour sur l’affaire Gaymard. C’est qui celui-là ? Vous l’aviez oublié, lui, son budget de rigueur pour les autres, ses étranges calculs horaires, et ses amnésies récurrentes quant au train de vie qu’il s’offre aux frais de la princesse. Balancé par une mystérieuse taupe, épinglé par le Canard Enchaîné, Gaymard a été promptement sacrifié par les siens, le temps de faire croire au petit peuple qu’il était un accident, l’arbre qui ne cache aucune forêt et non un parmi tous les autres, trop heureux de s’être enfin approché de la gamelle et de pouvoir y plonger le groin avidement. Gaymard est reparti dans les oubliettes de l’Histoire, mais son cas est édifiant éclairé par notre connaissance des événements qui ont suivi.
Dans le Monolecte, on parle donc de l’actualité politique passée qui éclaire bien le présent, mais aussi des chroniques du chômage de masse, déjà là, depuis si longtemps, qui s’amplifie chaque jour, et dont on tente, par tous les moyens, de masquer l’ampleur en planquant les gens sous le tapis des statistiques officielles. Il y a des critiques de la télé qui se regarde le nombril, du cinéma qui passe notre monde au nécessaire filtre de l’esprit critique, il y a des coups de gueule, des coups de cœur, mes vieilles obsessions, déjà présentes, de petits récits qui chantent la beauté de la banalité du quotidien, il y a même des recettes de cuisine pour les nazes du fourneau et une méthode efficace et pas chère pour arrêter de fumer. L’autre jour, j’ai même retrouvé un papier sur la grippe aviaire qui allait tous nous tuer dans d’horribles souffrances, même que l’OMS sonnait le tocsin… qu’il est amusant de dérouler le fil d’une époque sous l’éclairage de notre conscience du monde contemporain, c’est-à-dire en connaissant précisément ce qu’il adviendra de nous ensuite.
D’ici un mois, le bouquin devrait être fini. Il me faut déterminer à combien de pages je tranche le premier tome, histoire qu’il y ait de quoi occuper les soirées d’hiver sans, pour autant, se retrouver avec le bottin parisien calé sur les genoux et tout en restant dans des prix abordables…

À bicyclette…

Cette machine-là est des plus rudimentaires et des plus efficaces qu’il soit. Plus de vingt ans que je n’étais pas montée sur un vélo. La dernière fois, c’était aussi en été, mais dans les lacets de la Maurienne, sur une sorte de machin rose trop petit où je ne pouvais avancer qu’en pédalant en danseuse, les jambes tétanisées par l’effort, dans la chaleur brutale du mois d’août, jusqu’au col, là-haut, ma récompense. Une petite heure à cueillir les myrtilles et il était temps de redescendre de ma montagne, le vélo vibrant à m’en échapper des mains sous l’effet de la vitesse, ivre de vent et de bonheur, semant de larges bandes de mes Stan Smith dans les gravières des virages en épingle à cheveux afin de compenser la faiblesse de mes freins.
Aussi je regarde d’un œil dubitatif le vendeur de Décathlon qui m’aiguille gentiment vers le modèle de VTC qui va bien, avec son armada de vitesses, sa selle en gel de silicone qui te masse les fesses langoureusement, sa suspension hydraulique et son garde-boue de compétition. J’essaye l’engin dans la large travée centrale du magasin en tremblotant un peu, je slalome entre les autres clients qui me jettent à la volée des sourires et des œillades complices, je reviens au vendeur, change de machine et recommence. J’ai passé mon 15 août à brûler sous le soleil blanc d’un vide-grenier pour réunir de quoi me payer ce machin et j’hésite donc très longuement à arrêter un choix. Finalement, j’ai pris un entrée de gamme, sans fioritures aucunes et pendant que le vendeur le prépare, je rejoins les files d’attente des caisses pour régler mon fastueux achat. Là, plusieurs clients m’accueillent avec un grand sourire :

  • Alors, ça y est, vous vous êtes décidée ? Vous avez pris lequel ?

Première sortie. Quelques papiers administratifs à mettre à jour à la mairie du microbled, distante de 3 ou 4 kilomètres, je ne sais pas, j’aurais dû prendre un compteur. Une descente, une petite montée, un faux plat et l’affaire est dans le sac. Mais au bout de 500 mètres, je suis déjà couverte de sueur et mon jean entrave mes mouvements. Ce n’est pas une promenade de santé, c’est une grosse galère en devenir. Je tourne vers le village et suis immédiatement cueillie par une odeur puissante qui ramone mes bronchioles : sur plusieurs dizaines de mètres, une énorme flaque brunâtre s’étale sur toute la route et me barre l’unique accès au bled. À vue de nez, je dirais qu’un tracteur de purin s’est largement oublié en route. Il me faut passer, vitesse réduite, car il n’y a pas d’autre chemin, à moins de partir dans un grand détour de plusieurs kilomètres. C’est à ce moment précis que le concept de garde-boue prend toute sa grandeur. Mes roues crantées modèlent de jolies petites mottes de merde qui s’envolent ensuite joyeusement à l’assaut de mon visage. J’ai beau rouler au pas, rien n’y fait et j’arrive au village recrépie de la tête aux pieds, juste pour lire un panneau format A4 qui m’annonce que la mairie ne rouvrira que le mois prochain.

Petite boucle. Sur les conseils d’un ami, je me suis payé un short cycliste qui a donc de remarquable d’être doublé d’une sorte d’énorme couche “confiance” qui n’est pas sans m’évoquer les sensations que j’éprouvais, à 13 ou 14 ans, quand je me garnissais les fonds de culotte de protections pour éponger des règles juvéniles et affreusement abondantes. C’était la période du mois où, avec mes copines, j’avais l’impression persistante de marcher comme Donald Duck et où nous tremblions sans cesse à l’idée d’un débordement niagaresque qui nous aurait marquées d’une énorme tache indigne et nous aurait exposées aux quolibets des garçons. Passée depuis au confort incomparable du tampon applicateur, je ne pensais pas éprouver de nouveau cette sensation précise, tout au moins pas avant avoir atteint un âge très très avancé. Je reluquerai désormais les fesses gainées de près des coureurs cyclistes d’un tout autre regard.

Je tente, au jugé, une petite boucle qui s’enfonce dans le dense réseau de routes secondaires, voire tertiaires, de la campagne profonde. Le soleil tarde à se dégager de sa gangue de brume et seul le chuintement mouillé de mes pneus sur l’asphalte défoncé accompagne mon souffle court. Il n’y a pas une bagnole sur ces petites routes qui ont l’air oubliées de tous et de la DDE en particulier. De grands rapaces s’envolent mollement à mon approche, quelques mouvements dans les champs qui m’entourent m’apprennent que le coin grouille de gibier. Une descente plaque mes cheveux sur mes tempes et même si je dois finir la tête éclatée comme une pastèque au fond d’un fossé, je refuse qu’un casque encore plus moche que mon short me prive de cet immense plaisir. Petit pignon, la montée se précise. C’est qu’ils sont rudes les raidillons de Gascogne, de sales petits coupe-jarrets qui te cueillent au creux de tes efforts et te ralentissent à en tomber raide. Le petit plateau refuse obstinément de s’enclencher, je peste contre les vitesses qui craquent sinistrement pendant que je tente d’améliorer mon quasi-surplace en passant en danseuse. Le petit plateau cède enfin et je mouline frénétiquement sur place tout en tentant de conserver un équilibre précaire. Mes poumons brûlent et chuintent tragiquement, mes cuisses sont du béton armé et je dois progresser sur la pente à 3 km/h, maxi, dans une ébouriffante imitation du hamster sous coke. Je peste contre ma connerie de vie saine de mon cul, je maudis la tectonique de plaques qui a plissé la Gascogne pire que la peau d’un sharpei de 2000 ans, j’emmerde fermement le sport, les sportifs, les corps sains pour des esprits sains, parce qu’à ce moment précis mon cerveau lui-même transpire et agonise sous l’effet conjugué de l’effort surhumain et d’une très mauvaise oxygénation, chaque goulée d’air monstrueuse ne pouvant plus satisfaire la demande anarchique de mon corps fourbu et tétanisé.

Je suis en haut. C’est une route de crête à partir de laquelle se déroulent des coteaux immenses aux flancs chargés de vignes et de champs de céréales. Le regard se perd dans le lointain qui s’estompe dans un camaïeu de bleus jusqu’à la ligne formidable des Pyrénées, là-bas, au fond, mais aussi si près. Le vélo avance à présent tout seul dans ce paysage de cocagne pendant que mon cœur, affolé par l’effort prodigieux que je viens de lui demander de fournir, se calme doucement. Mes poumons, comme déplissés, avalent avidement l’air rural qui engouffre dans mes narines dilatées toutes les odeurs de paysannerie que j’avais oubliées. L’air chaud de cette fin d’été a les accents boulangers des moissons proches. Une ferme isolée m’interpelle de son bouquet de patates sautées à la graisse pendant qu’une grange un peu sombre exhale le fumet lourd du fumier qui se décompose, de la bouse fraîche, de la paille craquante qui finit de mûrir au soleil et des chaussures de sécurité où ont mariné trop longtemps les orteils échauffés du travailleur de force. Toutes ces fragrances brutes, puissantes, sans apprêt me renvoient aux épisodes paysans de mon adolescence, à une vie oubliée. Je me souviens brutalement de la grange poussiéreuse où, un début d’automne un peu semblable à celui-ci, un quart de siècle plus tôt, j’avais échangé mon premier baiser.
Un peu plus loin, les vignes ploient sous le poids des grappes noires et gorgées de soleil. Certaines sont déjà tombées lourdement au pied des ceps et la senteur douçâtre du bourret appelle déjà le temps des vendanges. Une descente légère comme une brise de printemps me dépose dans la fraîcheur d’un petit bois dont l’arôme rond et automnal m’informe que je viens très probablement de tomber sur un énorme gisement de cèpes.

Envolés les souffrances et les regrets de la montée précédente ! Je navigue à présent au cœur d’un pays de splendeurs et m’enfonce toujours plus loin dans mes souvenirs olfactifs.

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