OWNI http://owni.fr News, Augmented Tue, 17 Sep 2013 12:04:49 +0000 http://wordpress.org/?v=2.9.2 fr hourly 1 La parole est d’argent public http://owni.fr/2012/03/08/la-parole-est-d%e2%80%99argent/ http://owni.fr/2012/03/08/la-parole-est-d%e2%80%99argent/#comments Thu, 08 Mar 2012 18:48:43 +0000 Jean-Paul Jouary http://owni.fr/?p=101222
Citation : “La monnaie est d’institution, non pas naturelle mais légale” – Aristote

Nous avons pris l’habitude, et considérons donc comme naturel, qu’une campagne électorale prenne la forme d’un combat autour de nombres renvoyant à des quantités d’argent : dépenses annoncées, recettes programmées, salaires promis, taux d’imposition modifiés, économies budgétaires projetées, investissements décidés, dette à réduire. Bref : en temps d’élection, la politique est parole et la parole est d’argent.

C’est dans l’imagination des rapports monnétaires que s’insinuent le fatalisme et l’espérance, l’accusation d’utopie et la prétention à être crédible, le sérieux et la démagogie, mais aussi le ressort intime qui pousse à voter pour qui, au-travers d’un argent escompté, sait répondre aux désirs de chacun. L’argent est ainsi devenu plus que jamais ce qui relie les grandes visions économiques et ce que chaque humain porte en lui de plus subjectif, craintif ou désirant. Au fond, l’argent présente cette double face, l’une totalement subjective et l’autre qui revendique une totale objectivité.

La monnaie avale ainsi l’économie et surplombe les espérances personnelles : l’expert peut alors venir, étaler son discours pseudo-scientifique et ruiner le champ proprement politique. Mais c’est alors au tour du politique de venir, de prendre à témoin les mêmes experts pour dire au citoyen que ses désirs doivent plier sous les vérités incontournables de la finance, et taxer de démagogie celles et ceux qui osent encore projeter de changer la vie sociale. Ainsi, c’est en naufrageant l’idée même de politique que la plupart des candidats font campagne électorale. Si la parole est d’argent, la politique est du chiffon.

Mais l’argent relève-t-il de l’économie lorsqu’on reconnaît qu’il peut se retourner contre l’économie réelle ? Et relève-t-il de la suprême espérance intime lorsqu’il n’est guère besoin d’être un philosophe stoïcien antique, mais qu’il suffit d’être un humain parmi les autres humains, pour savoir que si la misère rend le bonheur problématique, l’argent ne suffit jamais à en assurer l’accès ? Au fond, qu’est-ce que l’argent ? C’est peut-être la question la plus essentielle de notre époque, une fois assimilées les conceptions morales, religieuses, pragmatiques, économiques des siècles de réflexion qu’il a suscités.

Il se trouve qu’un livre vient de paraître qui me paraît poser cette question de la façon la plus originale et suggestive, peut-être aussi la plus profondément subversive, qu’on ait connues jusqu’alors : L’abstraction matérielle. L’argent au-delà de la morale et de l’économie. Les auteurs ? Une spécialiste des sciences économiques et sociales, Laurence Duchêne, et un philosophe, Pierre Zaoui.

On ne trouve dans ce livre rien qui puisse ressembler à ce slogan consensuel qui fleurit de nos jours, et qui appelle à “moraliser la vie financière”. L’argent semble il est vrai avoir partie liée à la morale : on parle trop de se “racheter”, de “devoir”, de “bilan”, de “payer” pour ignorer qu’il est une conception de la morale qui, comme l’avait bien vu Nietzsche, tient de l’échange pur et simple. Et ce n’est pas la logique du pari de Pascal qui le dément, en s’efforçant de calculer l’intérêt qu’il y a à être vertueux. Mais cette illusion est sans doute le complément obligé d’une autre illusion, qui voit dans l’argent un élément essentiel d’un processus économique objectif, scientifiquement analysable, hors d’atteinte donc de l’action humaine.

Ce que montrent les auteurs de ce livre, c’est que l’argent est justement d’essence politique et que, loin de représenter un phénomène pleinement objectif, son fonctionnement repose sur un ensemble de croyances, de sentiments, de confiance partagée. Et c’est ce lien entre le subjectif individuel et l’espace public qui en fait une chose d’essence politique.

Confiance : d’abord la monnaie fonctionne puisqu’elle fonctionne, comme une routine ancestrale ; ensuite elle est censée exprimer une certaine quantité d’or ; de plus, elle est garantie par une puissance souveraine ; enfin, on ne peut imaginer sérieusement que ceux qui organisent les flux monétaires puissent leur accorder une prééminence par rapport à la vie des humains. Cette confiance, qui “repose sur une croyance non explicitée”, “renvoie à une totalité supérieure aux individus”.

Et, de fait, l’argent est un phénomène produit par l’Etat. Aristote le savait déjà, qui écrivait il y a vingt-cinq siècle que la monnaieest d’institution, non pas naturelle mais légale et (…) il est en notre pouvoir, soit de la changer, soit de décréter qu’elle ne servira plus”. Et ce qui accrédite en Europe l’idée que les réalités monétaires ont cessé d’être à portée de décisions politiques, c’est le fait que la Banque centrale européenne par exemple soit réputée au-dessus des Etats, privée, gérée par des personnes censée extérieures aux engagements proprement politiques. Alors que sa création même est une décision politique, clairement engagée.

Dès lors les gouvernements qui sont engagés dans cette démarche, prennent le prétexte de ce processus décrété “objectif” pour inscrire la logique libérale qui y a présidé dans un pacte européen signé le 1er mars dernier, avec l’intention de l’inscrire dans la Constitution même des Etats concernés. Le tour est joué : une certaine politique devenue magiquement la seule possible, raisonnable, sûre, crée une sphère monétaire située au-delà des Etats, au-delà des débats, au-delà des espérances politiques, au point d’en exclure les enjeux hors du champ politique. Et pour démontrer expérimentalement la « vérité » de ce tour de passe-passe, on crucifie la Grèce afin de montrer ce qui menace quiconque envisagerait d’aller à l’encontre de cette « vérité ».

” C’est toute la politique qui est reversée du côté de la simple administration des corps et des âmes par les gouvernants “, soulignent Laurence Duchêne et Pierre Zaoui. Alors l’argent peut tout englober, si bien que la politique de l’argent ne peut plus être que la politique que l’argent produit spontanément, “atomisant les individus, en les réduisant au rang de simples particules exploitables puis jetables dans les vastes flux de la finance internationale “. Ainsi le thème même de l’impuissance du politique, que Lionel Jospin paya si durement en 2002, présuppose une véritable politique de l’impuissance, sur laquelle s’unissent tous les partisans des derniers traités européens.

Penser à tout cela en écoutant les discours de l’actuelle campagne présidentielle permet d’en décrypter les ressorts essentiels, les non-dits, les présupposés et les enjeux. Quand la parole est d’argent, le silence endort.

N.B : A lire de toute urgence, on l’aura deviné, L’abstraction matérielle. L’argent au-delà de la morale et de l’économie, de Laurence Duchêne, et Pierre Zaoui, paru aux éditions de La Découverte en 2012.


Illustration citation par Marion Boucharlat pour Owni /-)
Texture par Essence of a dream/flickr (CC-by-nc)

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Les erreurs de frappe du réel http://owni.fr/2011/12/06/les-erreurs-de-frappe-du-reel/ http://owni.fr/2011/12/06/les-erreurs-de-frappe-du-reel/#comments Tue, 06 Dec 2011 07:31:31 +0000 Jean-Paul Jouary http://owni.fr/?p=88847

Les vraies richesses sont celles de la nature. C’est moins leur acquisition que l’usage qui est l’objet de la science économique. Aristote

Il y a vingt cinq siècles, Aristote établissait une distinction entre deux usages de la monnaie : inventée pour faciliter les échanges, comme moyen intercalé entre deux marchandises propres à satisfaire des besoins humains, la monnaie peut aussi servir de point de départ et d’arrivée d’une autre sorte d’échange. Dans ce cas, elle devient une fin en soi : j’investis mon argent de sorte que plus d’argent me revienne. Et dans ce cas, les besoins humains deviennent des moyens d’enrichissement, si bien qu’Aristote excluait cette circulation monétaire de l’économie, les seules “vraies richesses” étant pour lui “celles de la nature” (dans une société esclavagiste le rôle du travail ne peut apparaître dans la formation de la valeur) : “C’est moins leur acquisition que l’usage qui est l’objet de la science économique” . Formidable découverte : tout enrichissement par voie monétaire se retourne contre l’économie (“réelle”, dit-on aujourd’hui) et tourne le dos à la satisfaction des besoins humains.

Vingt-cinq siècles plus tard, un bruit qui court sur une banque, une faute de frappe d’une “agence de notation”, une déclaration sur l’état d’un pays, et voilà des salaires réduits, des usines qui ferment, des gouvernements qui tombent, des services publics que l’on démantèle. L’époque est vertigineuse : ce n’est plus la finance mais quelques mots sur la finance qui brisent des millions de vies. Et loin d’entraîner un débat sur les moyens de casser cette logique mortifère, ce gâchis matériel et humain devient aussitôt un argument de campagne électorale : chaque candidat est sommé de dire comment il compte obéir aux exigences des agences de notations et aux organismes financiers qui en énumèrent les exigences.

C’est ainsi que ceux-là mêmes qui dissertaient sur la finance comme moteur essentiel de l’économie découvraient il y a trois ans que cette finance jouait contre « l’économie réelle », ce qui constitue un aveu que les marchés financiers organisent bien une “économie irréelle” dont ils font le principe même de l’organisation du réel. Aristote, Rousseau et Marx avec lui, nous demanderaient s’ils étaient parmi nous, par quel prodige un peuple qui a son appareil productif et son savoir-faire, ses besoins et ses moyens, peut en quelques jours être déclaré en faillite et condamné à plus de pauvreté pour le plus grand nombre.

En 1967, dans un livre à relire et méditer, La société du spectacle, Guy Debord écrivaient quelques phrases qui résonnent fort aujourd’hui :

Le spectacle soumet les hommes vivants dans la mesure où l’économie les a totalement soumis.

Il parlait d’une “évidente dégradation de l’être en avoir” et d’un “glissement généralisé de l’avoir au paraître”. “Le spectacle est le gardien de ce sommeil” et à sa racine on trouve “la spécialisation du pouvoir”. C’est fait : la vie est désormais soumise à des signes, des mots, des images au travers desquels les humains sont soumis à certaines formes de domination économique et politique.

Le symbole restera dans l’histoire : la Grèce et l’Italie viennent de se voir imposer deux dirigeants issus de la même institution financière américaine (Goldman Sachs) qui n’a pas peu joué dans la crise financière mondiale, dont ils sont chargés de faire payer les conséquences à leurs peuples. C’est un métier : des organisations internationales aussi discrètes qu’importantes forment à ce genre de tâches politiques, et ce n’est pas par hasard si les deux dirigeants grec et italiens sont membres de la “Commission trilatérale” et du ” Club Bilderberg”. La France n’est pas en reste : toute la campagne présidentielle en cours est d’ores et déjà traversée par le spectacle de l’irréel promu démiurge du réel.

NB : A lire, bien sûr, Aristote (Politiques), Rousseau (Projet de constitution pour la Corse), Marx (Le capital, Livre I) et Guy Debord (La société du spectacle). Rien n’est plus moderne, même si les analyses de la crise financière occasionnent un grand nombre d’ouvrages passionnants.


Poster réalisé par Marie Crochemore pour Owni /-)
Illustration de Temari09 cc-bync via Flickr

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La Bavière monnaie comme elle veut http://owni.fr/2011/09/01/baviere-chiemgauer-monnaie-alternative/ http://owni.fr/2011/09/01/baviere-chiemgauer-monnaie-alternative/#comments Thu, 01 Sep 2011 06:30:30 +0000 Louise Culot http://owni.fr/?p=77613 Christophe Levannier dirige une entreprise à Traunstein, en Haute Bavière. Parmi ses clients, beaucoup de locaux. Par exemple, le meunier du coin. Il le connaît bien et, surtout, il peut le payer, non pas en euros, mais en Chiemgauers. Lui-même dispose de Chiemgauers puisque le boulanger de Traunstein achète maintenant sa farine chez lui, en Chiemgauers évidemment.

Depuis 2003, le boulanger accepte aussi que ses clients le paient avec cette monnaie locale. Dès lors, Levannier et d’autres habitants de Traunstein vont chercher leur pain chez lui et non plus au supermarché Lidl.

“Si la monnaie arrête de circuler, c’est la mort du système”

La monnaie est tellement enracinée dans nos vies, dans notre culture et dans notre histoire, que l’on ne s’interroge même plus sur son utilité. Pourtant, à l’heure de la crise financière et alors que l’avenir même de la monnaie européenne est incertain, il semble opportun de revenir sur la raison d’être de la matière première de l’économie. Selon Bernard Lietaer, économiste et spécialiste de la monnaie, la monnaie n’est rien de plus qu’un accord, au sein d’une communauté donnée, sur un moyen d’échange et de paiement.

Christophe Levannier, responsable du Chiemgauer dans la ville de Traunstein, en Bavière, préfère, pour sa part, filer la métaphore :

La monnaie dans notre système économique, c’est comme le sang dans le corps humain : si elle s’arrête de circuler, c’est la mort du système.

Quoi qu’il en soit, la masse monétaire mondiale n’a jamais été aussi importante qu’aujourd’hui. Cette abondance contraste avec la pénurie constatée au jour le jour. On a l’impression que la monnaie ne circule plus et elle fait défaut à beaucoup : les jeunes, les retraités, les enfants, les mères de famille, les artistes, les ouvriers, la veuve de Carpentras… La liste est interminable.

Le Chiemgauer circule trois fois plus vite que l’euro

Alors, que faire? Les créateurs du Chiemgauer, monnaie alternative bavaroise, ont élaboré leur propre définition d’une monnaie régionale après 8 ans d’expérience :

Il s’agit d’un système monétaire valide dans une région définie, suffisamment étendue pour mettre en place un circuit économique qui subvient à 50 % des besoins de la population locale.

En Bavière, quelques personnes se sont mises d’accord en 2003 pour créer un nouveau système monétaire. Le problème de la parité a été vite résolu, explique Christophe Levannier:

1 Chimgauer vaut 1 euro. Nous avons choisi de nous baser sur la valeur de l’euro pour que les commerçants ne soient pas contraints de changer tous leur prix. Au marché, on peut donc acheter 1 kilo de prunes pour 3 euros ou pour 3 Chimgauers.

Le Chiemgauer, c’est aujourd’hui environ 2000 consommateurs réguliers et 600 entreprises et associations. La masse monétaire s’élève actuellement à 500 000 Chiemgauers. Particularité: la vitesse de circulation est trois fois plus élevée que pour l’euro.

Attention, le Chiemgauer ne remplace pas l’euro, mais le complète. Nous ne cherchons pas à cloisonner notre économie ou à promouvoir le protectionnisme, mais bien à redynamiser notre économie et notre emploi à niveau local.”

Une monnaie bien réelle

Il existe des coupures de 2, 5, 10, 20 et 50 Chiemgauers.

Chaque personne qui souscrit au système reçoit une carte de crédit Chiemgauer liée à son compte en banque traditionnel. Muni de sa carte, le consommateur peut retirer des billets dans un bureau de change muni du terminal ad hoc. Dès qu’il prélève des Chiemgauers au bureau de change, son compte est débité en euro.

A Traunstein, il existe plusieurs bureaux de change, la plupart sont des commerçants. “Pour nous, c’est une manière de fidéliser le client, parce qu’une fois qu’il sait qu’on accepte le Chiemgauer, il revient chez nous”, raconte l’un d’eux, vendeur de produits naturels. “Les Chiemgauers que je gagne en vendant, je les redépense à mon tour localement, tant pour ma consommation privée que pour payer mes fournisseurs.”

“Le Chiemgauer peut servir à des transactions plus importantes, à des paiements business to business”, ajoute Christophe Levannier. “S’ils le souhaitent, les gros utilisateurs peuvent ouvrir un compte en banque en Chiemgauer -même si sur les extraits, la devise indiquée reste l’euro- pour effectuer leurs échanges et paiements sans devoir manipuler trop de billets.”


Une “monnaie fondante”

Une chose essentielle distingue le Chiemgauer de l’euro : un taux d’intérêt négatif. Tous les trois mois, les billets de Chiemgauer perdent 2 % de leur valeur. Dans le jargon, ce mécanisme correspond au principe de “démurrage” des “monnaies fondantes”. En d’autres mots : le consommateur n’accumulera pas sa monnaie puisqu’elle perd de sa valeur dans le temps.

Pour changer ses Chiemgauers en euros, il faudra concéder 5 % du montant de la conversion à l’association Chiemgauer e.V. Donc pour terminer avec 20 euros, il faut changer 21 Chiemgauers.

Ce taux négatif nous garantit le maintien de la monnaie en circulation. C’est donc tout le contraire de l’euro qui ne perd pas de valeur et qui incite toujours à l’épargne“ remarque Christophe Levannier.

Le samedi matin, sur la place principale de Traunstein (18 000 habitants), le marché bat son plein. D’un stand à l’autre, les commerçants sont plutôt enthousiastes : environ la moitié accepte le Chiemgauer. Les autres ne sont pas du coin et ne pourraient pas redépenser l’argent assez vite.

La boulangère :

Pourquoi est-ce que j’accepte le Chiemgauer? Pour faire tourner notre économie locale. Avec cette monnaie, l’argent reste chez nous. Les gens achètent des produits de la région et non plus dans les grandes surfaces.”

“Les personnes qui refusent le Chiemgauer ont peur que le système soit compliqué et qu’ils ne s’y retrouvent plus. Mais ils ne l’ont pas essayé ! “ conclut Christophe Levannier.

Le Chielmgauer ne sert pas seulement à payer ou être payé. Son utilisation est aussi à la base d’un nouveau système de solidarité. L’argent généré par les taxes sur le Chiemgauer (les 2% de taux négatif et les 5% de conversion) va directement à des projets associatifs. À son inscription, chaque utilisateur désigne une association locale qui devient son bénéficiaire.

Cette dimension altruiste joue souvent le rôle de déclic. “Un parent d’élève souhaite soutenir le club de basketball de l’école : il souscrit au Chiemgauer et choisit le club de son fils comme association bénéficiaire. Petit à petit, d’autres parents emboîteront le pas et bientôt, le club peut s’acheter des équipements grâce au Chiemgauer !”

…”Und Geld bekommnt Sinn”. Littéralement : “Et l’argent prend tout son sens”, c’est le slogan de la banque GLS, la première banque allemande axée sur le social et l’écologique, partenaire de l’association Chiemgauer.

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Retrouvez la BD augmentée d’OWNI sur les monnaies alternatives

Billet initialement publié sous le titre “Une autre monnaie que l’Euro est possible” sur MyEurop

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Grèce: la BCE fait obstruction à la démocratie http://owni.fr/2011/06/18/bce-obstruction-democratie/ http://owni.fr/2011/06/18/bce-obstruction-democratie/#comments Sat, 18 Jun 2011 15:55:56 +0000 Christian Chavagneux http://owni.fr/?p=70407 Face aux atermoiements des États européens pour décider d’une aide à la Grèce, la Banque centrale européenne (BCE) en profite pour s’imposer comme un acteur politique dictant sa volonté, celle du toujours plus d’austérité au bénéfice des créanciers. Devenant un acteur politique engagé, l’institution ne peut plus bénéficier de son statut d’indépendance : elle doit rendre des comptes, démocratiquement, de ses décisions irresponsables qui nous conduisent droit à la panique.

La Grèce est prise dans un cercle vicieux : ses déficits budgétaires (autour de 10 % du PIB cette année) imposent une cure d’austérité qui affaiblit tellement la croissance que les recettes fiscales fondent, ce qui accroit le déficit. Au final, le pays se retrouve avec une dette colossale (160 % du PIB) et des intérêts sur la dette qui expliquent, selon les données de la Commission européenne, environ 70 % du déficit.

Comment aider la Grèce ? Qui doit payer ?

Tout le monde doit s’y mettre. Les Grecs, en premier. Ils ont vécu avec des dépenses délirantes pendant plusieurs années : l’austérité est nécessaire. La population a accepté les mesures de l’an dernier en échange des 110 milliards d’aide de l’Europe et du FMI. Les riches devraient être mis plus à contribution mais le reste de la population a accepté ses baisses de pouvoir d’achat et la montée du chômage. Les manifestations récentes ont vu le jour pour répondre à une demande supplémentaire d’austérité.

Les autres pays européens contribuent à aider la Grèce en se substituant aux créditeurs privés : puisque les marchés ne veulent plus prêter à la Grèce qu’à des taux – délirants – de l’ordre de 17 %, l’Europe emprunte à bas taux, grâce à la garantie de l’Allemagne et de la France, et reprête à la Grèce de quoi faire ses fins de mois. On pourrait ainsi imaginer que l’Europe prête au pays au fur et à mesure pour assurer les remboursements de dette qu’il doit assurer et remplace petit à petit les créditeurs privés pour devenir le seul créditeur de la Grèce. Mais l’Allemagne ne veut pas que les États soient les seuls à payer, les créditeurs privés doivent aussi prendre leur part du fardeau.

La façon violente est de leur imposer une réduction de la valeur de leurs créances. Les banques allemandes et françaises auraient de quoi supporter une annulation partielle de leurs créances, d’au moins 30 % selon certaines estimations. Mais le capital des banques grecques serait rogné, et les établissements en faillite. Il faudrait les nationaliser et utiliser une partie des fonds européens pour les recapitaliser. Pourquoi pas. Mais le risque existe que cela entraîne un mouvement de panique sur l’Irlande et le Portugal, voire l’Espagne, l’Italie et la Belgique. Le risque est peut être surestimé mais personne ne veut tenter le coup.

Il y a donc une façon plus douce qui consiste à faire ce qui a toujours été fait historiquement dans ce genre de cas : rééchelonner la dette. Les banques font de nouveaux crédits pour rembourser les anciens, voire allongent les échéances des prêts, voire réduisent les taux d’intérêt. Les faire contribuer ainsi touche peu leurs comptes et aide les grecs à ne pas devoir faire de la surenchère dans l’austérité. Selon une étude confidentielle du FMI, la Grèce aurait besoin d’environ 140 milliards de dollars pour assurer ses échéances 2012-2014 et de 90 milliards si les créanciers acceptent d’allonger les échéances comme le réclament les Allemands. Ce serait encore moins avec une baisse des taux d’intérêt.

L’odieux chantage de la BCE

Jean-Claude Trichet (président de la BCE, ndlr) est vent debout contre cette participation du secteur privé au partage du fardeau de la crise (et la France aussi). Et il ne se contente pas de mot, il menace les États. Je répète, tellement c’est ahurissant : la BCE menace les États qui veulent aider la Grèce ! Comment ? Simplement en tenant le discours du type : « Si vous faites ça, je n’accepte plus les titres de la dette souveraine grecque que les banques du pays m’amènent comme contreparties collatérales des liquidités que je leur prête » .

Or, comme les marchés ne veulent plus prêter aux banques grecques et que leur source de liquidité est la BCE, Trichet menace de faire sauter le système bancaire grec si on demande un petit effort aux créanciers du pays ! Pas un gros effort, juste faire ce qu’ils ont fait dans les années 1980-1990 pour les pays latino-américains et africains qui ne pouvaient plus rembourser leurs dettes : prêter de l’argent frais en allongeant les échéances.

Cet acte de chantage est antidémocratique, inqualifiable de la part d’une banque centrale et orienté politiquement en faveur des créanciers privés internationaux et d’une austérité extrême pour les Grecs qui ne l’acceptent pas. L’opposition grecque qui, lorsqu’elle était au pouvoir a dépensé sans compter et trafiqué les comptes publics, bref ceux qui ont mis le pays dans cet état, refusent aujourd’hui d’endosser l’austérité dans un gouvernement d’union nationale et appellent à des élections anticipées. Si cela se produit, une fois élus, ils répudieront la dette.

Par la faute de la BCE, on risque alors de finir dans une panique désordonnée au lieu d’un partage du fardeau organisé.


Article initialement publié sur le blog de Christian Chavagneux

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Napster de la banque: prochain cauchemar des gouvernements? http://owni.fr/2011/05/25/naspter-banque/ http://owni.fr/2011/05/25/naspter-banque/#comments Wed, 25 May 2011 13:49:06 +0000 Rick Falkvinge http://owni.fr/?p=64308 La vraie bataille pour l’internet et les énormes changements que le réseau apporte ne fait que commencer. Ce que nous voyons aujourd’hui ne sont que des signes avant-coureurs, de petites disputes où les amis de ceux qui ont le pouvoir (l’industrie du copyright) se plaignent et obtiennent de piètres bénéfices.

Une des règles générales du progrès technique, c’est que ce n’est pas nécessairement la techno la plus riche en fonctionnalités, la moins chère, ou la plus accessible qui atteint la masse critique d’utilisateurs. En fait, c’est plutôt la technologie la plus simple d’utilisation.

Je cite fréquemment Youtube en exemple, car Youtube n’était pas le premier site à proposer de la vidéo sur le net. Diable, le porno le faisait depuis 5 ans lorsque Youtube est arrivé, et les techno-geeks le faisaient depuis 10 ans. Il y avait au moins une douzaine de façons ordinaires de partager de l’audio numérisé et des vidéos en ligne avec les autres.

À ce jour, l’histoire nous apprend que cela prend environ dix ans, depuis la conception d’une technologie, ou de l’application d’une technologie, avant que quelqu’un trouve la recette miracle qui rend cette technologie assez simple à utiliser pour que ça prenne.

Il serait indélicat de ne pas mentionner Napster dans ce contexte. J’ai commencé à échanger des fichiers sur FidoNet avec un modem 2400 bps en 1989. Textes, musique, images. C’était rudimentaire, mais nous le faisions. Quand un nouveau protocole appelé TCP/IP a débarqué vers 1995, nous avons tous migré. Puis en 1999, Napster est arrivé… et d’un coup, tout le monde s’est mis à échanger des fichiers musicaux. DC++ et d’autres imitations ont fait en sorte que nous partagions tout ce que nous voulions.

Le partage de musique a mis dix ans à s’emballer, grâce à Napster. Le partage de vidéos a mis 10 ans à devenir assez simple. Donc si vous voulez prédire la prochaine bataille, regardez ce que les geeks font en ce moment même, ce qui est obscur et qui n’a pas encore pris ; quelque chose avec des cas d’utilisations très claires et séduisantes, lorsque ça deviendra suffisamment simple.

Voici ce qui est sur mon radar : le système bancaire. Il existe au moins une douzaine de différentes variantes de monnaies chiffrées et décentralisées [Ndlr : ce sont des monnaies dématérialisées qui fonctionnent à l'aide de logiciels et d'algorithmes de sécurisation, le tout sans banque centrale], et de systèmes de transaction, très sophistiqués et totalement incompréhensibles, tels que RippleBitCoinecash, et d’autres.

De la même façon que BitTorrent a rendu l’industrie du copyright obsolète en un clin d’œil, ces systèmes vont naturellement rendre les banques obsolètes. Eux, ou leurs successeurs, vont atteindre un point de basculement dès que quelqu’un les rendra simples d’utilisation. La technologie est là, les scénariis d’usages sont là — et l’agacement vis-à-vis des grosses banques ne manque pas. Ce n’est plus qu’une question de facilité d’utilisation.

Quand les gouvernements comprendront…

Quand ce basculement arrivera, il n’y aura plus aucun point de contrôle central dans l’économie. Ce sera comme si l’on revenait une nouvelle fois au temps où tout le monde faisait commerce en espèces, le bon vieux cash, anonyme. Alors pourquoi cela donne-t-il l’envie aux gouvernements de murer l’Internet ?

Jusqu’à maintenant, du point de vue des gouvernements, quelques-uns de leurs amis se plaignaient du marasme des ventes de CDs, et ils leur ont donné quelques miettes d’avantages législatifs pour qu’ils la bouclent. Mais comment pensez-vous qu’ils réagiront lorsqu’ils réaliseront qu’ils ont perdu leur capacité à prélever des impôts ?

Imaginez les ramifications de cela pendant un instant. Les gouvernements dans le monde sont sur le point de perdre leur capacité à regarder dans l’économie de leurs citoyens. Ils risquent de perdre leur capacité à saisir des actifs, ils risquent de perdre leur capacité à collecter des dettes. L’usage de la force dans le monde ne sera d’aucune aide : tout est chiffré, et détruire un ordinateur avec toute la puissance de feu policière possible ne servira à rien.

Toutes les armes du monde seront inutiles face à la capacité des gens à conserver leur économie chiffrée pour eux. Elles n’y feront pas la moindre égratignure.

Si vous pensiez que les guerres sur la connaissance et la culture étaient déjà intense et importantes, je crois que nous allons voir des événements bien plus intéressants se dérouler durant la décennie à venir. Ce que nous allons voir, c’est l’émergence de ce que j’appelle l’« économie en essaim », une économie décentralisée et incontrôlable où un emploi à vie n’est plus essentiel à chaque être humain. Et je prédis que cela redéfinira la société d’une façon immensément plus importante que la possibilité de télécharger gratuitement de la musique de rap.


Article initialement publié sur le blog de Rick Falkvinge sous le titre “With The Napster of Banking Round The Corner, Bring Out Your Popcorn“, traduit par les soins de  Romain Rivière

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Retrouvez notre dossier sur le Bitcoin et les monnaies virtuelles :
Bitcoin: de la révolution monétaire au Ponzi 2.0
[APP] une autre monnaie est possible : une BD augmentée
Monnaies virtuelles: une révolution fiscale?

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http://owni.fr/2011/05/25/naspter-banque/feed/ 34
Comment le système monétaire profite aux banques http://owni.fr/2011/05/18/comment-le-systeme-monetaire-profite-aux-banques/ http://owni.fr/2011/05/18/comment-le-systeme-monetaire-profite-aux-banques/#comments Wed, 18 May 2011 09:12:42 +0000 Le Minarchiste http://owni.fr/?p=62660 Dans le précédent article, nous parvenions à la conclusion que c’est la création monétaire qui entraine l’inflation. Dès lors, se pose la question des règles monétaires actuellement qui permettent de créer de la monnaie. C’est l’objet de ce second article, où nous essayerons de voir à qui profite la création de monnaie.

Comment et pourquoi est apparue la monnaie ?

C’est l’essor du commerce et de la spécialisation du travail qui ont nécessité l’apparition de la monnaie pour faciliter les échanges. La monnaie élimine notamment la nécessité de la double-coïncidence des désirs et permet la divisibilité des biens.

Ainsi, si vous êtes cordonnier et que vous voulez acheter du bœuf, il n’est plus nécessaire de trouver un boucher mal chaussé ! La monnaie permet les échanges indirects, c’est-à-dire que plutôt que d’échanger un bien contre un autre que l’on désire, on échange son bien contre un bien intermédiaire que tout le monde accepte (la monnaie), qui pourra ensuite être échangé contre le bien désiré. La monnaie permet aussi de mieux comparer et comptabiliser la valeur des biens entre eux et, par conséquent, de mieux allouer les ressources dans la production de ces biens.

Les caractéristiques d’une bonne monnaie sont :

  • Large en demande
  • Difficile à contrefaire
  • Facilement transportable
  • Divisible
  • Durable
  • Sa production ne doit pas croître trop vite

Au regard de ces critères, il est peu surprenant que l’or et l’argent aient naturellement émergé comme monnaies de choix à travers l’histoire. En effet, la plupart des devises modernes ont été jadis reliées à l’or ou l’argent. La monnaie ne représentait en fait qu’un poids de métal précieux. La Livre Sterling britannique équivalait jadis à une livre d’argent. Le dollar quant à lui valait une once d’argent. Avant 1933, un dollar américain était convertible en un vingtième d’once d’or (0,05 onces). Les taux de change étaient fixe car si la Livre Sterling équivalait à 0,25 once d’or alors que le dollar équivalait à 0,05 once d’or, une Livre Sterling équivalait par conséquent à 5 dollars. Ce n’était pas une question de marché, mais simplement une question de poids !

À une certaine époque, plutôt que de conserver leur or chez eux, les gens allaient le déposer chez un orfèvre qui le conservait en sécurité dans un coffre. En échange, l’orfèvre émettait un reçu stipulant la quantité d’or déposée. Au fil du temps, les gens ont commencé à utiliser ces reçus pour transiger, ce qui était beaucoup plus pratique que d’aller retirer l’or chez l’orfèvre pour ensuite le remettre aux commerçants.

Les reçus ont donc graduellement été de plus en plus utilisés comme monnaie, si bien que les gens n’allaient que très rarement chercher leur or chez l’orfèvre. Se rendant compte de cela, les orfèvres ont eu une idée géniale : ils ont commencé à émettre des reçus sans or sous-jacent et à les prêter avec intérêt. Ils sont de fait devenus les premiers banquiers. Un système bancaire dans lequel il y a plus de monnaie en circulation que d’espèces en réserves est appelé système à réserves fractionnaires.

Ce système, qui pourrait être qualifié de contrefaçon et de fraude (comme le dénonce le célèbre documentaire L’Argent-Dette) mais il fonctionne néanmoins jusqu’à ce qu’un événement vienne faire en sorte que beaucoup de gens viennent échanger des reçus contre l’or sous-jacent. Comme il y avait plus de reçus en circulation que d’or dans leurs coffres, la banque se retrouvait en faillite.

Ce stratagème n’a pas échappé aux bonzes de l’État. La création de monnaie est rapidement devenue un moyen pour l’État de discrètement augmenter sa ponction fiscale. Dans une économie basée sur le troc, le seul moyen pour l’État de se financer est de confisquer des biens (l’impôt), ce qui a toujours été impopulaire. Il est bien plus facile pour l’État de créer lui-même de la monnaie. Pour ce faire, l’État doit tout d’abord bannir tous les autres types de monnaies privées, de façon à avoir le monopole de la monnaie. Il doit ensuite nommer la monnaie de façon à faire oublier qu’il s’agit d’un poids de métal (dollar, mark, franc, couronne, etc) et lui donner « cours légal ». Prenez un billet de vingt dollars canadien et vous y verrez cette inscription, qui signifie que le dollar canadien est légalement autorisé à être utilisé comme monnaie au Canada.

L’État pouvait alors pratiquer son activité la plus lucrative : la dépréciation. Lorsque les pièces de métal précieux étaient utilisées comme monnaie, cette pratique consistait à refondre les pièces d’or ou d’argent en pièces un peu plus légères avant de les remettre en circulation. Ce qui permettait au roi, à l’empereur ou à l’État de dépenser plus. Lorsque les billets de banque ont été utilisés, la dépréciation se faisait en décrétant un ratio de conversion plus bas. Par exemple, dans les années 1930, le ratio de conversion du dollar américain en or est passé d’une once pour $20 à une once pour $35. Autrement dit, si l’état avait 500.000 onces d’or dans ses coffres d’une valeur de 10 millions de dollars, cet or valait par la suite $17.5 millions, soit 75% de plus ! On pourrait dire qu’à ce moment, l’argent brûlait littéralement dans les poches de l’État !

En 1933, le Président Roosevelt a passé l’Ordre Exécutif 6102, lequel empêchait tous les américains de posséder de l’or et forçait ceux-ci à le vendre à l’État pour $20.67 l’once. Ensuite, le gouvernement américain a décrété que l’or s’échangeait dorénavant à $35 l’once, empochant le profit !

Tel que mentionné précédemment, le système bancaire à réserves fractionnaires tel qu’il était au 19e siècle en Amérique comportait une faille flagrante : comme les banques émettaient plus de billets qu’il n’y avait d’or dans leurs coffres, cela créait souvent des paniques bancaires et rendait le système plutôt instable. Lors de ces crises, les gens faisaient la file aux portes des banques pour retirer leur or, mais comme il n’y avait pas assez d’or, la banque fermait les portes et suspendait la convertibilité des billets.

La banque centrale

Les banquiers ont trouvé une solution à ce problème afin de stabiliser ce système frauduleux : la banque centrale. C’est pour cette raison qu’ont été créées la Federal Reserve (FED) des États-Unis en 1913 et la Banque du Canada (BoC) en 1934 [La création de la Banque de France date de 1800, ndlr]. Les banques centrales disposaient à l’époque d’importantes réserves d’or qui pouvaient être prêtées aux banques en cas de panique. Cela a permis aux banques d’être encore plus agressives dans la gestion de leurs réserves ; c’est-à-dire qu’elles ont pu émettre encore plus de billets sans or sous-jacent, étant protégées par la banque centrale.

Cependant, les banques étaient quand même limitées quant à la quantité de billets qu’elles pouvaient émettre, au risque de voir les réserves d’or sortir du pays. Supposons que de la monnaie nouvellement créée est utilisée pour acheter des biens importés, le vendeur de ces biens va par la suite convertir les dollars en or à sa banque (dans son pays). Sa banque se tournera ensuite vers la Federal Reserve qui remettra de l’or en échange des dollars. Le résultat net est une diminution du stock d’or du pays. Si trop de dollars avaient été émis, la Federal Reserve se serait retrouvée sans réserves d’or et le système en entier se serait écroulé. C’est exactement ce qui s’est produit dans les années 1930.

Le seul moyen de se débarrasser de cette contrainte était de délaisser l’étalon-or ; c’est-à-dire se débarrasser de la convertibilité de la monnaie en or. C’est ce qui s’est graduellement produit avec le Gold-Exchange Standard de 1925, le système Bretton-Woods de 1944 et finalement le Smithsonian Agreement de 1971 qui a officialisé l’abandon total de l’étalon-or. Depuis ce temps, le dollar américain ainsi que la plupart des monnaies du monde ne sont que des bouts de papier et les banques centrales peuvent émettre des quantités toujours plus grandes de ces bouts de papier comme bon leur semble.

Le graphique ci-bas présente l’indice des prix à la consommation des États-Unis à partir de 1665. On peut y observer que la création de la Federal Reserve en 1913 et le délaissement graduel de l’étalon-or en 1925, 1944 et 1971 ont permis au système de générer une inflation exponentielle des prix, alors que durant les trois siècles précédents, les prix avaient été relativement stables, sauf durant les guerres.

Le système monétaire contemporain est, de nos jours, fort différent de celui qui prévalait il y a une centaine d’années. Les changements qui y ont été apportés ont permis aux banques de créer de la monnaie à profusion et de convertir cette monnaie en profits. La conséquence de cette augmentation de la quantité de monnaie en circulation a été l’augmentation des prix ; c’est-à-dire la baisse du pouvoir d’achat de la monnaie.

Pourquoi le taux de change fluctue-t-il ?

À court terme, les taux de changes sont influencés par les flux monétaires entre les pays (commerce international, investissement, tourisme, etc). Par contre, à long terme, les taux de changes sont influencés par les différences d’inflation entre les pays. Pour comprendre cela, il faut vous rappeler que l’inflation signifie la perte de pouvoir d’achat d’une monnaie.

Par exemple, si l’inflation est de 5% aux États-Unis et de 3% au Canada, cela signifie que le pouvoir d’achat du dollar américain perdra 5% de son pouvoir d’achat alors que le dollar canadien perdra 3% de sa valeur. Dans ce scénario, il serait normal de voir le dollar canadien s’apprécier par rapport au dollar américain puisque le pouvoir d’achat du huard [le dollar canadien, ndlr] s’améliore par rapport à celui du « green back » [le dollar américain, NdE].

Supposons que le taux de change initial était de 1 dollar canadien pour 1 dollar US et qu’un paquet de gomme se vendait initialement $1 dans les deux pays. Après que l’inflation se soit manifestée, ce paquet de gomme pourrait se vendre $1.03 au Canada et $1.05 aux États-Unis. Cela implique un taux de change d’environ 1.0194 dollars américains pour un dollar canadien. Le taux de change du dollar canadien par rapport au dollar américain se serait donc apprécié d’environ 1.94%.

Par conséquent, si un pays crée beaucoup de monnaie sur une période donnée, l’inflation générée va détériorer le taux de change de sa devise par rapport aux autres. À noter que sur les marchés des changes, ce n’est pas seulement l’inflation passée qui compte, mais aussi l’inflation anticipée par les marchés.

Certains arguent que cela est un bon moyen de favoriser les exportations, et que le gouvernement devrait créer de la monnaie domestique et la vendre sur le marché des changes contre des devises étrangères. Cela mettra de la pression à la baisse sur la devise locale ce qui rendra les exportations de ce pays moins chères aux yeux des étrangers, qui théoriquement importeront davantage de biens de ce pays. On peut donc dire que la compétitivité des exportateurs de ce pays s’améliore (temporairement) lorsque la devise se dévalue.

Mais est-ce pour autant que les gouvernements devraient le faire ?

Non ! Car les citoyens de ce pays devraient alors payer plus cher pour les biens qu’ils importent d’autres pays, étant donné la perte de pouvoir d’achat de leur devise. Or une baisse du pouvoir d’achat des individus équivaut à un appauvrissement. Cette politique aurait donc comme impact d’appauvrir l’ensemble des citoyens au profit des exportateurs, ce qui est injuste.

De plus, au bout d’un certain temps, l’inflation engendrée par la création de monnaie fera augmenter les prix locaux, et donc les coûts de production des exportateurs, ce qui fera en sorte de réduire leur compétitivité sur les marchés étrangers. Ce sera donc le retour à la case départ, mais avec une devise dépréciée et donc des d’importations plus dispendieuses.

Un taux de change qui s’apprécie est une très bonne chose. Ça augmente notre pouvoir d’achat en tant que consommateurs, mais aussi en tant qu’investisseurs. Ces investissements favorisent l’innovation, l’amélioration de la productivité et la création de richesse. Cela peut parfois créer des changements dans le structure de l’économie, lesquels peuvent mener à certains bouleversements. Il ne faut cependant pas résister à ces changements, qui sont inévitables de toute façon. Au Québec, suite à l’appréciation du dollar canadien survenue au cours des années 2000, beaucoup d’emplois manufacturiers ont été perdus, mais ils ont été remplacés par des emplois dans d’autres secteurs et la population y a gagné au change, puisque le chômage a diminué et l’économie a été prospère.

Pourquoi est-ce que les taux d’intérêt fluctuent?

Un taux d’intérêt sert à rémunérer un épargnant. Les humains préfèrent généralement consommer quelque chose tout de suite plutôt que dans 1 an. Par exemple, si vous n’avez pas de micro-ondes et que je vous permettais d’en obtenir un gratuitement, il est fort probable que vous préféreriez l’avoir tout de suite plutôt que dans un an. Il est donc normal qu’une chose vaille moins dans un an que maintenant.

Donc si je vous prête de l’argent, il est normal que je veuille être rémunéré car cet argent a plus de valeur pour moi maintenant qu’au terme du prêt. Il faut donc que je sois compensé pour la perte de jouissance de cet argent pour la durée du prêt.

Le taux d’intérêt que j’exigerai de vous sera influencé par plusieurs facteurs :

  • Tout d’abord, si beaucoup de gens épargnent, il y aura beaucoup d’argent à prêter; autrement dit l’offre de crédit sera élevée. Selon la loi de l’offre et la demande, une offre plus élevée fait généralement baisser les prix; donc plus il y a d’épargne disponible, moins le taux d’intérêt sera élevé.
  • En revanche, si beaucoup de gens désirent emprunter, la demande de crédit sera élevée. Selon la loi de l’offre et la demande, plus la demande est élevée, plus le prix sera élevé, donc le taux d’intérêt augmentera.
  • L’autre facteur influençant le taux d’intérêt sera mes anticipations d’inflation. Si j’anticipe un taux d’inflation de 5%, cela signifie que je m’attends à ce que le pouvoir d’achat de l’argent que je vous prête diminue de 5%. Je voudrai donc être compensé pour cela, autrement je m’appauvrirais à vous prêter de l’argent. On peut donc dire que plus les anticipations d’inflation sont élevées, plus le taux d’intérêt sera élevé.
  • Finalement, l’autre déterminant important des taux d’intérêt est la prime de risque. Le taux d’intérêt que j’exigerai de vous sera plus élevé si vous êtes un chômeur que si votre salaire annuel est de 200.000 dollars, car le chômeur représente un profil plus risqué. Il est donc normal de vouloir être compensé pour ce risque à l’aide d’un taux d’intérêt plus élevé.

Ceci étant dit, les taux d’intérêt ne sont généralement pas laissés à eux-mêmes, au gré du marché. Le gouvernement, à travers la banque centrale, tente de les influencer : c’est ce qu’on appelle la politique monétaire. La mise en œuvre de cette politique est effectuée par la banque centrale, qui utilise les différents moyens à sa disposition pour influencer le rythme de création de monnaie.

En faisant accélérer la création de monnaie, la banque centrale fait augmenter la quantité de crédit en circulation. Cette augmentation artificielle de l’épargne disponible fera généralement baisser les taux d’intérêt. L’épargne résultant de création de monnaie est bien entendu artificielle, mais les marchés ne font pas la différence.   Cependant, la banque centrale doit faire attention, car si elle accélère trop la création de monnaie, les anticipations d’inflation augmenteront, ce qui fera augmenter les taux d’intérêt.

L’objectif des politiques monétaires modernes est de maintenir l’inflation dans une fourchette de 1% à 3% par année. Pour y arriver, la banque centrale doit calibrer la vitesse à laquelle la monnaie est créée par le système.

Banques et gouvernements : les grands gagnants

Tel que démontré dans mon exemple de l’île déserte, le premier bénéficiaire des nouveaux coquillages est celui qui les trouve ou les reçoit en premier.

Dans le système monétaire moderne, il n’y a pas besoin de chercher loin pour trouver les plus grands gagnants de la création de monnaie : ce sont les banques commerciales. Celles-ci ont le pouvoir de convertir des dettes en actifs et de générer un rendement sur ces actifs. Une bonne partie des profits des banques sont donc réalisés grâce à la création de monnaie.

L’autre groupe qui en bénéfice sont les emprunteurs, puisque tel que démontré dans la section précédente, la création de monnaie fait baisser les taux d’intérêt. Qui sont selon vous les plus gros emprunteurs de la société ? Ce sont les gouvernements! Ainsi, la création de monnaie permet aux ménages, aux entreprises et surtout aux gouvernements de s’endetter en payant un taux d’intérêt maintenu artificiellement bas par la création de monnaie.

Conséquemment, il n’est pas surprenant de constater que les niveaux d’endettement aient constamment augmenté durant les dernières décennies. En fait, si on additionne les dettes des ménages, des entreprises et du gouvernement aux États-Unis, celles-ci totalisent près de 400% du produit intérieur brut ! Ce chiffre était de moins de 150% à la fin de la Deuxième Guerre Mondiale. La création de monnaie facilite le crédit et favorise l’endettement.

Le cas du gouvernement est particulièrement intéressant. Les politiciens adorent dépenser puisque ces dépenses leurs permettent de mousser leur popularité et de faciliter leur réélection. Pour dépenser davantage, les gouvernements n’hésitent pas à s’endetter, d’où le besoin de la création de monnaie pour maintenir les taux à de bas niveaux [ndlr : En Europe, les états de la zone euro se sont interdits d'utiliser leur pouvoir de création monétaire depuis Maastricht. En France, cette interdiction date de la loi de 1973 dite Loi Rothschild. En revanche, les banques peuvent tout autant utiliser l'effet de levier monétaire pour créer de la monnaie scripturale].

Dans le même ordre d’idées, les entreprises dont les produits et services sont généralement achetés en s’endettant (immobilier, infrastructures routières ou autres, voitures, meubles, véhicules récréatifs, etc) bénéficient de la création de monnaie puisque celle-ci fait mousser leurs ventes.

Mais l’inflation ne fait pas que des gagnants : les perdants sont très nombreux. Il y a d’abord les salariés dont le salaire croit moins vite que l’inflation. Si l’inflation a été de 5% cette année et que votre salaire n’a été augmenté que de 2%, vous êtes dorénavant plus pauvre de 3% puisque le pouvoir d’achat de votre salaire aura diminué.

Il y a aussi les épargnants, qui voient le pouvoir d’achat de leurs épargnes fondre en raison de l’inflation. Si vous avez de l’argent dans votre compte-chèque à la banque et que l’inflation est de 5%, la valeur de cet argent aura diminué de 5% chaque année. Un retraité qui reçoit une rente fixe s’appauvrit chaque année en conséquence de l’inflation.

Evolution de la dette des ménages (courbe bleue) et de l'épargne des ménages (courbe rouge)

La baisse du pouvoir d’achat de la monnaie qu’engendre l’inflation ne signifie pas que ce pouvoir d’achat disparaît. Comme je le démontrais dans mon exemple de l’île déserte, les nouveaux coquillages ne modifient pas la quantité de richesse sur l’île, mais influencent plutôt la répartition de celle-ci. Donc, si vous avez 100 euros dans votre compte de banque durant un an et que l’inflation est de 5% cette année, la perte de pouvoir d’achat qui en résulte – 5 euros en l’occurrence – n’a pas disparue. Ces 5 euros ont simplement été indirectement subtilisés par quelqu’un d’autre, les banques et les emprunteurs en occurrence.


Article initialement publié en sur le blog Le Minarchiste (partie 1partie 2partie 3).

Illustrations : PaternitéPas d'utilisation commercialePartage selon les Conditions Initiales watchingfrogsboil ; Paternité Jeff Belmonte ; Paternité brian.ch

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Pourquoi la planche à billets fait exploser les prix http://owni.fr/2011/05/16/inflation-pourquoi-les-prix-augmentent/ http://owni.fr/2011/05/16/inflation-pourquoi-les-prix-augmentent/#comments Mon, 16 May 2011 10:50:39 +0000 Le Minarchiste http://owni.fr/?p=62498 N’est-il pas fascinant que les prix ne cessent d’augmenter, d’année en année? Le phénomène de variation des prix, nommé inflation, est généralement mesuré par l’Indice des Prix à la Consommation (IPC) qui est calculé en suivant la valeur d’un panier de biens dans le temps. Si le taux d’inflation a été de 3% cette année, cela signifie que les prix de ce panier de biens ont, en moyenne, grimpé de 3%. Cela signifie aussi que le pouvoir d’achat du dollar a baissé de 3%, c’est-à-dire qu’il vous faudra dorénavant 3% plus de dollars que l’an passé pour acheter ce panier de biens. Si votre salaire est demeuré stable, cela implique que vous êtes maintenant 3% plus pauvre que l’an passé.

Sur le site de la Banque du Canada, on peut s’amuser à calculer la valeur d’un panier de biens de $100 de 1914 à aujourd’hui (2010). Il apparaît qu’un tel panier de bien coûterait aujourd’hui $1,971. Sur cette période de 96 ans, le taux annuel d’inflation moyen a été de 3.15%. Cela implique que le pouvoir d’achat d’un dollar a diminué de près de 95% sur cette période!

Avez-vous déjà entendu l’expression « l’argent lui brûle dans les poches » ? Lorsque l’inflation est positive, cette expression est tout à fait juste! Mais en fait, ce n’est pas la monnaie qui brûle, mais seulement le pouvoir d’achat de celle-ci.

Pour comprendre comment l’inflation se manifeste, il faut d’abord comprendre le rôle de la monnaie dans l’économie.

La métaphore de l’île déserte

Supposons que trois naufragés sont sur une île déserte et se répartissent les tâches : l’un d’eux pêche du poisson à raison de 6 par jour, l’un d’eux transporte de l’eau douce d’une source au centre de l’île à raison de 6 portions par jour et l’un d’eux trouve des bananes à raison de 12 par jour.

Au début, les naufragés séparent les victuailles en trois parts égales. Cependant, leur problème est que leurs préférences sont différentes : certains préfèrent plus de poissons alors que d’autres préfèrent plus de bananes. Afin de pouvoir échanger les victuailles selon leurs préférences, les naufragés décident d’utiliser une monnaie d’échange. Ils décident d’utiliser un petit coquillage plutôt rare sur l’île. Après avoir ratissé la plage, ils en trouvent 24, ce qui leur en fait 8 chacun au départ.

Chaque jour, les naufragés vendent leur cueillette de la journée entre eux. Les prix s’établissent rapidement à 2 coquillages pour un poisson, 1 coquillage pour une banane et 2 coquillages pour une ration d’eau. Les denrées sont toujours vendues à la fin de chaque journée; rien n’est gaspillé, mais les prix peuvent varier en fonction des préférences du jour.

Un beau jour, durant son périple quotidien vers le centre de l’île, le naufragé responsable du transport de l’eau douce tombe par hasard sur un petit tas de 4 coquillages. Excité par sa découverte, il se présente au marché le soir avec l’intention de dépenser ses coquillages sur une troisième ration de poisson.

Comme le pêcheur n’a pas pêché davantage de poissons que d’habitude (6), tandis que le pêcheur veut se garder deux poissons et que le ramasseur de bananes en veut deux lui aussi, le porteur d’eau devra tenter de convaincre l’un des deux autres de consommer un poisson de moins qu’à l’habitude. Il offre donc au pêcheur 4 coquillages pour son troisième poisson.

Tout excité, le pêcheur accepte et utilise les deux coquillages supplémentaires pour s’acheter deux bananes pour compenser la perte alimentaire du poisson vendu. Cependant, le porteur d’eau désire toujours ses quatre bananes, tout comme le ramasseur de bananes. Le pêcheur devra donc convaincre l’un deux de diminuer sa consommation. Il réussit à obtenir les deux bananes supplémentaires en doublant le prix à 2 coquillages plutôt qu’un.

Si vous avez bien suivi l’histoire, vous aurez remarqué que 5 poissons ont été vendus pour 12 coquillages, ce qui fait un prix moyen de 2.40 par poisson, et que 10 bananes ont été vendues pour 12 coquillages, ce qui fait un prix moyen de 1.20. Ces nouveaux prix représentent une augmentation de 20% par rapport aux prix qui prévalaient auparavant.

Voici ce qu’il y a à retenir de cette petite histoire :

  • Les nouveaux coquillages trouvés ont fait augmenter la quantité de monnaie en circulation : ce qu’on appelle la masse monétaire. Le nombre de coquillages en circulation est passé de 24 à 28, soit une augmentation de presque 17%.
  • La quantité de biens à vendre n’a pas augmenté. Autrement dit, une augmentation de la quantité de monnaie ne signifie pas qu’il y a plus de richesse dans la société. Créer de la monnaie ne permet donc pas de créer de la richesse.
  • Cependant, l’apport de monnaie a modifié la répartition de la richesse entre les habitants de l’île. Le premier à avoir reçu la nouvelle monnaie est celui qui s’est le plus enrichi initialement : le porteur d’eau a eu droit à 3 poissons, 4 bananes et 2 rations d’eau, d’une valeur totale de 14 coquillages si on utilise les prix initiaux. Après lui, c’est le pêcheur qui a bénéficié le plus de la nouvelle monnaie puisqu’il a consommé 1 poisson, 6 bananes et 2 rations d’eau, d’une valeur de 12 coquillages en utilisant les prix initiaux. Le ramasseur de banane n’a consommé que 2 poissons, 2 bananes et 2 rations d’eau, d’une valeur de 10 coquillages en utilisant les prix initiaux.
  • L’impact principal de l’augmentation de la masse monétaire a été une augmentation des prix des biens sur le marché. Plus il y a de coquillages, plus les prix montent…

Vous aurez peut-être noté un détail à la fin : le ramasseur de bananes se retrouve avec les quatre coquillages supplémentaires. Il pourra donc les dépenser à sa guise le jour suivant. Cette situation est attribuable à la trop grande simplicité de mon histoire. Dans la « vraie » économie, il y a des millions de personnes qui transigent et des millions de biens et services à acheter. La nouvelle monnaie est donc répartie de façon plus diffuse que dans cet exemple.

Nous pouvons dores et déjà comprendre pourquoi les prix montent : parce que la masse monétaire est en constante expansion.

Dans un second article, nous essayerons de comprendre les tenants et aboutissants du système monétaire. Et notamment pourquoi il ne profite pas également à tous les citoyens mais favorise irrémédiablement les banques.


Article initialement publié sur le blog Le Minarchiste

Illustrations : Paternité Lew57

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Le prix de transfert, arnaque légale http://owni.fr/2011/04/12/le-prix-de-transfert-arnaque-legale/ http://owni.fr/2011/04/12/le-prix-de-transfert-arnaque-legale/#comments Tue, 12 Apr 2011 15:47:34 +0000 David Servenay http://owni.fr/?p=56417 Les comptables seraient-ils devenus les plus grands blanchisseurs de la planète, loin devant les trafiquants en tout genre ? A lire l’analyse du rapport d’audit réalisé sur les mines zambiennes de Mopani, plusieurs méthodes financières appliquées par les actionnaires soulèvent en tous cas des questions sur la qualité de la régulation financière mondiale. Et ses limites.

En résumé, Glencore International AG et First Quantum Minerals Ltd utilisent les techniques comptables suivantes :

  • Surévaluation des coûts d’exploitation : sur la seule année 2007, les auditeurs évaluent à 381 millions de dollars (sur 804 millions) le montant de ce surcoût
  • Sous-évaluation des volumes de production : l’analyse des recettes montre que les mines de Mopani ont un taux d’exploitation de moitié inférieur aux autres exploitants de la région
  • Manipulation des prix de transfert : pour la période 2003-2008, les auditeurs évaluent à 700 millions de dollars la perte comptable affichée dans les bilans de la société, par rapport à un modèle traditionnel d’exploitation

Ces trois techniques ont un objectif unique : faire en sorte de payer le moins d’impôt possible, en jouant sur les variations des règles fiscales internationales. Cela fait maintenant quinze ans que l’OCDE tire la sonnette d’alarme sur les manœuvres effectuées par les multinationales autour de ces fameux prix de transfert. La règle est simple : si ces échanges sont conformes au prix du marché, alors ils sont légaux, s’ils sont sur ou sous-facturés, alors ils sont illégaux. L’OCDE l’appelle le principe de libre-concurrence.

60% du commerce mondial est réalisé intra groupe

Initialement, le prix de transfert est une technique comptable qui permet de facturer, entre filiales d’un même groupe, des marchandises fabriquées dans un pays A et vendues dans un pays B. Elle a pour finalité de calculer la taxation de ces marchandises et de répartir l’impôt pays par pays, en fonction des opérations réalisées sur ces dernières. Exemple :

Une balle (pays A, coût 1 euro, taxé à 30%) – Une balle vendue (pays B, coût 10 euros, taxés à 30%)

Résultat : impôt acquitté dans le pays A + impôt acquitté dans le pays B

Depuis une quinzaine d’années, les groupes internationaux ont pris l’habitude de faire transiter (par un artifice comptable) leurs marchandises par le biais d’un pays tiers, la plupart du temps un paradis fiscal au sens originel, c’est-à-dire où la fiscalité pour les entreprises est proche de zéro. L’intérêt est de pouvoir imputer l’essentiel de la plus-value dans ce territoire fiscalement attractif. Reprenons notre exemple :

Une balle (pays A, coût 1 euro, taxé à 30%) Vendue à 2 euros (pays X, 0% d’impôt sur les sociétés) Revendue à 10 euros (pays B, taxés à 30%)

Résultat : impôt acquitté en pays A + impôt en pays X + impôt en pays B

Sur les dix euros « taxables », 8 vont en réalité échapper à tout impôt, au détriment de l’assiette fiscale des deux autres pays, qui devront se contenter de deux euros « taxables ». Ce phénomène est devenu une tendance lourde du commerce mondial, puisque 60% des échanges réalisés seraient aujourd’hui du commerce intra-groupe, entre filiales.

Des ventes inférieures aux cotations de Londres

Dans le cas de Mopani, le mélange des genres est au cœur des manipulations soupçonnées par les auditeurs. Le consortium appartient très majoritairement (73%) à Glencore International AG, basé dans le fiscalement édénique canton de Zoug en Suisse. Or, ce géant du trading des matières premières (minerais, gaz et pétrole) est aussi le principal acheteur du cuivre extrait par Mopani.

Le « Copper Marketing and Off-take agreement » remonte à 2001. Selon Mopani, il fixe les règles des ventes entre la société et Glencore UK Ltd. Glencore y est reconnu comme le seul agent commercial de Mopani. Le référent de cotation est celui du London Metal Exchang. Or, selon les auditeurs, rien dans la comptabilité de Mopani ne fait apparaître le respect de cet accord.

Pire : un chiffre retient l’attention. Alors qu’en 2004, le cuivre zambien était à 10% exporté vers la Suisse, en 2008, la moitié de sa production (la deuxième mondiale derrière le Chili) aurait pris la direction des alpages helvétiques. Une donnée jugée tout à fait incohérente par l’audit, laissant penser que la Suisse est utilisée comme plaque-tournante des prix de transfert de cette industrie.

CAC 40: 10% d’impôts, PME: 30% !

A bien regarder le montage juridico-financier qui assure aux deux groupes le contrôle des mines zambiennes, il apparaît que l’évasion/optimisation fiscale est au cœur de leur démarche. Rien d’étonnant de la part de Glencore, dont la réputation sulfureuse et le culte du secret l’ont mené plus d’une fois à la barre des tribunaux. Mais cela relève aussi d’un subtil choix technique, car il est beaucoup plus complexe pour une administration de détecter une fraude ayant pour support les prix de transfert. Pascal Saint-Amans, expert fiscal de l’OCDE, le justifiait ainsi l’an dernier au journal Le Monde :

L’abus des prix de transfert est un sujet à haut risque. Ils peuvent aussi servir de levier pour délocaliser de la matière taxable. (…) Les administrations fiscales sont extrêmement attentives et dures lorsqu’elles découvrent des infractions.

Depuis le 1er janvier 2010, le ministère de l’Économie et des finances exige des entreprises qu’elles détaillent leur méthode de calcul des prix de transfert. Une vigilance nécessaire qui permettra peut-être d’expliquer pourquoi les grandes entreprises ont un taux d’impôt effectif sur les bénéfices d’environ 10% , là où les PME s’acquittent d’un taux de 30%. Tout le monde n’a pas la chance d’avoir un bon comptable.


Photo Credits: Flickr CC mtsofan
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Yoland Bresson: “le revenu d’existence sera au centre du débat en 2012″ http://owni.fr/2011/03/18/yoland-bresson-revenu-existence/ http://owni.fr/2011/03/18/yoland-bresson-revenu-existence/#comments Fri, 18 Mar 2011 15:58:44 +0000 Stanislas Jourdan http://owni.fr/?p=52029 Yoland Bresson, économiste, est auteur de plusieurs ouvrages dont Le revenu d’existence ou la métamorphose de l’être social paru en 2002 ; et plus récemment Une clémente économie : Au-delà du revenu d’existence. Il est l’un des tous premiers défenseurs du revenu d’existence depuis les années 80, et a fondé l’Association pour l’Instauration d’un Revenu d’Existence. Il est donc un interlocuteur privilégié sur le sujet du revenu universel, et c’est pourquoi je suis allé à sa rencontre pour un entretien de près d’une heure.

Bonjour Yoland Bresson, vous êtes économiste et défendez depuis très longtemps le revenu universel, que vous nommez “revenu d’existence”. Comment en êtes-vous arrivé à cette proposition, et quel a été votre cheminement ?

Aussi surprenant que ça puisse paraître, c’est le Concorde qui a été le point de départ de toute la réflexion. Au titre de professeur-économètre, j’ai fait partie de l’équipe franco-américaine en 1972 à qui on a confié la tâche de fixer le prix des billets du supersonique. Malgré tous les modèles économiques que nous avons essayé, rien n’a vraiment fonctionné. Du coup, on a décidé de passer par une enquête pour essayer de comprendre ce qui pouvait motiver les gens et à quel niveau de prix certains peuvent être désireux de prendre le Concorde.

Tous les modèles économiques étaient fondés sur le postulat de départ que plus l’on travaille, plus on gagne de l’argent. La problématique revenait donc à faire gagner du temps aux gens qui travaillent beaucoup et ont de l’argent à investir. Or, dans les faits, les plus motivés n’étaient pas forcément les moins occupés mais plutôt ceux qui avaient le plus de souplesse dans leur emploi du temps. Paradoxalement, les grands patrons de l’industrie se situent dans dans cette catégorie là, bien qu’ils passaient leur temps à dire qu’ils étaient submergés de travail. Il y avait une grande différence dans la perception du temps, et finalement on observait – après coup – que plus on était riche, plus on avait du temps disponible. Il y avait donc une corrélation quasi-parfaite entre ces deux facteurs, ce qui mettait en cause presque tous les modèles de productivité, de temps de travail, le rapport loisir/travail. Partant de ce constat, j’ai cherché la loi de répartition des revenus.

N’est-ce pas un peu paradoxal ? Vous écrivez vous-même dans votre livre : « celui qui conserve le plus de temps libre doit recevoir plus ». Mais celui qui conserve le plus de temps libre, c’est le patron dont vous parliez à l’instant, non ?

Effectivement mais on ne l’explique qu’après coup, en rentrant dans le processus de l’attribution des ressources. En fait, l’économie est essentiellement un processus d’échange de temps : nous recevons de l’argent en paiement du temps que nous consacrons à une activité et nous libérons du temps en récompensant celui qui le prend pour faire ce dont nous avons besoin à notre place. Chaque échange est producteur d’une richesse : du temps disponible. Finalement, qui gagne le plus dans les échanges ? C’est celui qui libère le plus de temps pour lui. Et voilà la logique du jeu économique.

C’est ainsi que j’ai établi la loi de répartition des revenus, une formule un peu compliquée publiée dans L’Après Salariat. Le résultat nous donnait une loi de distribution des revenus théoriques qui tendait à montrer que tout le monde devait au moins recevoir la quantité de monnaie correspondant à la valeur du temps c’est à dire la valeur commune du temps, ne serait-ce que pour commencer à participer aux échanges, en termes économiques. Pour rentrer dans le jeu économique, il faut donc tout simplement que chacun reçoive inconditionnellement le montant de monnaie qui est le cœur du système. Un peu comme dans le Monopoly ! En s‘appuyant sur cette base, on éliminerait ainsi l’extrême pauvreté.

Ce n’est pas du tout de ce que je recherchais au départ. Mais à partir de là s’est enchainé toute une réflexion. Cela remettait en cause beaucoup d’observations que les uns et les autres apportaient au fonctionnement général des sociétés et de l’économie. L’Après Salariat a été publié en 1984 et a participé à une convergence étonnante. Philippe Van Parijs, spécialiste de philosophie politique à Louvain, concluait son analyse la nature de la société par la nécessité d’une allocation universelle ; en Allemagne, Claus Offee, sociologue, arrivait aussi à l’idée qu’il fallait un “basic income” ; en Angleterre, Keith Roberts, spécialiste de sécurité sociale, est parvenu à la nécessité d’un “citizen income” en cherchant une organisation optimale de sécurité sociale.

En 1984 ! C’était il y a longtemps ça ! Où en est-on maintenant ?

Philippe Von Parjis a reçu un prix pour son travail et nous a réuni à Louvain pour fonder le Basic Income European Network (BIEN) que nous avons décidé de réunir en Congrès tous les deux ans. Aujourd’hui, ce sont des congrès mondiaux qui réunissent 200 à 250 participants présidé par un Brésilien, Eduardo Suplici. En France, c’est Henri Guitton, professeur d‘économie malheureusement décédé depuis, qui a lu mon bouquin et m’a appelé pour me dire : « vous avez la réponse à la question que je me suis posé pendant toute ma vie de chercheur ! ». De là, nous avons fondé l’Association pour l’Instauration d’un Revenu d’Existence (AIRE).

Malgré l’ancienneté de cette proposition, comment expliquez-vous qu’elle ne soit pas débattue sur la place publique ?

Pour commencer, notre société a lutté contre la rareté des ressources depuis 8000 ans et cela a énormément façonné les mentalités. L’idée que nous puissions donner de l’argent ou autres à quelqu’un sans qu’il ne participe à la production des ressources est assimilée à du parasitisme.

Le deuxième élément, c’est qu’au sortir de la guerre, les pays occidentaux ont connu un miracle : le plein emploi salarié a amené le salariat à sa perfection, avec une protection sociale de qualité, l’intégration se faisait spontanément puisque tout le monde avait un emploi… Bref, on a connu les Trente Glorieuses, une sorte de paradis, malgré les quelques critiques. Ce n’est rien à l’échelle de l’histoire de l’humanité mais ça a considérablement marqué les pays développés. Or, une fois cette période terminée, la crise a tout changé mais on a poursuivit notre course un peu comme dans les dessins animés, le gars qui est au dessus du gouffre mais il continue de courir ! Les politiques ont dit aux gens : « on va retrouver le plein emploi » en boucle, et tous les gens le croient et sanctionnent chaque gouvernement qui n’arrive pas à redonner espoir, alors que fondamentalement, il est indispensable de changer l’organisation de nos société.

De ce point de vue, je crois que les peuples sont en avance sur les politiques : les gens commencent vraiment à se dire que cette histoire de plein emploi, ça ne va pas marcher, et qu’il faut trouver autre chose. Alors ils attendent qu’on leur propose autre chose… mais ils sont avant tout dans le refus de ce qui est, car ils n’ont pas encore de solution alternative. Ils sont donc dans le pessimisme.

S’il y a une demande des citoyens, pourquoi si peu de politiques s’en emparent ?

Les premières fois où j’ai discuté avec Christine Boutin, elle a laissé l’idée de côté. Puis, quand on lui a confié une mission sur la pauvreté, elle a rencontré beaucoup d’organisations professionnelles et de travailleurs sociaux, des milieux dans lesquels l’idée se diffusait progressivement. Et, au détour de ces rencontres, le sujet est revenu régulièrement. Elle m’a alors appelé pour qu’on en rediscute et a obtenu un crédit pour organiser un séminaire de réflexion à Port Royal, avec des philosophes, des gens de Bercy, des conseillers d’Etat. C’est à cette occasion qu’elle a décidé de publier son rapport et de promouvoir ce qu’elle a appelé le “dividende universel”. Elle a d’ailleurs bien fait de l’appeler “dividende universel” et pas le revenu d’existence : cela permet de garder une terme générique sans le connoter politiquement.

Ensuite d’autres politiques s’y sont mis, les Verts, etc. et aujourd’hui, je pense qu’on est tout prêt d’ouvrir le débat.

Pensez-vous que la multiplicité des écoles de pensées et des théories puisses précisément nuire à la clarté du débat ?

Il y a effectivement différentes propositions, avec différents noms etc. mais il y a des points absolument déterminant sur lesquels il ne faut pas transiger :

  • l’inconditionnalité ;
  • l’égalité ;
  • le fait que ce soit cumulable sans restriction ni limite avec n’importe quelle autre forme de revenu ;
  • et enfin il y a le montant, qui constitue un risque.

En tant qu’économiste, je dois tenir compte des lois et des contraintes. Avec les calculs que j’ai fait, le revenu d’existence devrait représenter entre 14 et 15% du PIB. Beaucoup disent que ce n’est pas suffisant pour vivre, mais ce n’est pas le problème. Le problème est que si l’on augmente le revenu à 800 € ou plus, l’économie va se venger. Premièrement, il y aura une tendance à la hausse des prix, et par conséquent le pouvoir d’achat réel de cette dotation va revenir vers sa norme. Deuxièmement, si le revenu d’existence est trop élevé, dans le marché mondial où nous sommes intégrés, il y aura des conséquences en termes de réduction de la croissance du PIB, par la perte de compétitivité économique globale. Et par conséquent, le niveau même du revenu d’existence qui est corrélé au niveau du PIB diminuera.

Voulez-vous dire qu’il s’agit d’arbitrer entre la réduction des inégalités et la récession ?

Le mieux immédiat peut être l’ennemi du bien futur. D’ailleurs ce qui est étonnant c’est que les libéraux extrêmes sont partisans d’un revenu d’existence élevé, mais en contrepartie de quoi les individus deviennent totalement responsables d’eux-mêmes. Donc l’Etat se désengagerait et tout serait laissé au marché : l’éducation, les assurances, etc. à l’exception de ses fonctions régaliennes. De même, à extrême gauche, l’allocation universelle d’André Gorz est aussi à peu près de ce type, mais avec l’idée suivante : à partir du moment où l’on donne ce revenu, les individus doivent par exemple donner deux heures de leur temps dans une sorte de collectivisme généralisé. Et le reste du temps est libre, non-marchand.

Ces deux extrêmes là peuvent être idéologiquement intéressants, mais ce qui m’intéresse moi, c’est que la société et les mentalités évoluent. Comme je dis souvent, nous sommes dans l’évolution consciente de la complexité : dans un système complexe – comme notre organisme humain – si on opère une modification trop brutale, la réaction sera le rejet ou la digestion. Pour faire évoluer un système complexe, la science montre qu’il faut agir au niveau des gènes fondateurs, c’est à dire au plus basique. Le revenu d’existence est un gène fondateur car il coupe le lien strict emploi/revenu. Et alors on commence à prendre conscience que l’on peut produire des richesses et organiser une distribution des richesses qui soit partiellement déconnectée de la production, parce qu’on est sorti de la rareté.

Dans le contexte actuel de crise de la dette et d’inquiétude sur les déficits, n’est-il pas plus opportun de mener une réforme profonde de la fiscalité et de transférer plus de ressource auparavant dédiés aux aides sociales vers un revenu universel plus important ?

Parmi les règles fondamentales en économie, il y en a une qui veut qu’il ne faut jamais poursuivre plusieurs buts en même temps sans quoi on n’atteint jamais l’optimum.

Le point essentiel aujourd’hui, c’est le problème de l’emploi et, par conséquent, de notre organisation productive et distributrice. Le revenu d’existence, ce n’est pas une modification de la redistribution. C’est le mode de distribution des revenus qu’il faut changer. Imaginez le système comme un jeu de carte : actuellement, l’Etat distribue les cartes au hasard et, pour équilibrer le jeu, il prend des cartes aux gagnants pour les donner aux perdants afin qu’ils continuent à jouer. Le revenu d’existence fonctionne différemment, il propose de mettre un as dans les cartes de chaque joueur dès le départ avant de distribuer le reste des cartes.

Certains demanderont  : « pourquoi ne pas distribuer un as, un roi et une reine plus qu’un as ? » Le problème, c’est que les excellents joueurs vont être incités à aller jouer à d’autres tables où les possibilités de gain sont bien meilleures, ce qui, dans le monde actuel, n’est pas un problème… A contrario, si vous ne donnez qu’un roi ou une dame, les joueurs trop faibles se retrouveront disqualifiés rapidement. c’est pour cela que la question du montant est très sensible.

Une fois que l’on a changé le mode de distribution, la société va commencer à se réorganiser à partir de ce gène.

Et le deuxième gène fondamental, c’est la suppression du contrat de travail à durée indéterminée. Tout le monde s’accroche au CDI, notamment car beaucoup de garanties supplémentaires y ont été ajouté par l’action des syndicats. D’où l’inquiétude de perdre les garanties avec le contrat.

Tout le monde cherche “l’emploi”. Mais l’emploi c’est du travail que l’on a transformé en marchandise, ce n’est pas LE travail. Karl Marx l’avait déjà dit : “chacun vend sa force de travail”. Je pense que l’on vend plus que ça : on vend son temps de vie, c’est une forme d’esclavage adouci. D’où l’idée qu’il faut que les contrats de travail soient à durée déterminée, avec reconduction tacite, ce qui libère le travail du carcan de l’emploi. Et progressivement, les gens qui étaient des salariés deviennent des participants, maîtres de leur temps, maîtres de leurs vies.

D’autant plus si l’on donne un revenu d’existence aux enfants – même si les parents pourront en utiliser une partie – lorsqu’ils arriveront à la majorité, ils auront un capital financier non négligeable, et ils sauront que toute leur vie durant, ils auront un revenu d’existence qui croîtra avec le PIB du pays. De quoi leur donner le temps de choisir leurs talents, leurs activités, et donc de s’intégrer dans le système avec le travail. Il restera juste à transformer toutes les garanties actuellement liées au CDI en garanties liées à la personne. Le salariat n’est qu’une étape de l’Histoire et, en la quittant, on change le monde !

Evidemment, il ne faut pas que tous ces changements se fasse par une révolution brutale, sans quoi on s’exposerait à une restauration qui amènerait des formes sociales encore plus violentes. Il faut que ce soit un changement conscient et consenti par les citoyens.

Vous abordez dans votre analyse la question monétaire et préfacez l’ouvrage Stéphane Laborde, La Théorie Relative de la Monnaie. Pouvez-vous expliquer en quoi sa réflexion sur le place de la monnaie rejoint la vôtre ?

Par son analyse sur la création monétaire et par ses critères mathématiques, Stéphane Laborde arrive quasiment aux mêmes conclusions que moi. Ce qu’il dit est incontestable : selon lui, la vraie égalité serait que la monnaie soit distribuée – comme au Monopoly – à chacun, alors que le système de création monétaire qui nous dirige aujourd’hui est un système de création par la dette. Concrètement, les banques “fabriquent” de la monnaie en prêtant aux particuliers et aux entreprises. Pour ce faire, elles s’appuient sur l’argent que la banque centrale leur avance. Et, si jamais il y défaut de paiement, elles se retournent également vers la banque centrale, ce qui fait que cet organe est le premier et le dernier prêteur à la fois !

Ce système vient toujours de l’époque de la rareté. Sauf que, des monnaies rares (car issues du métal), la créativité financière a inventé d’autres mécanismes pour démultiplier la monnaie, permettre l’expansion économique et lutter contre la rareté. Aujourd’hui la monnaie n’est plus rare ! Comme tout le reste, les limites sont des contraintes d’organisation, d’équilibres, d’économie générale. Par contre on entretient la rareté artificielle parce que ce système est rentable pour un certain nombre de ceux qui dirigent les mécanismes de la création monétaire, particulièrement les banques. D’où l’importance du propos de Stéphane Laborde : il faut changer les règles de création monétaire. C’est le troisième gène à modifier de la société. Moi, ce que je proposais, c’était de contourner les obstacles. Je n’étais pas allé bille en tête dans la transformation génétique de la monnaie… car c’est s’attaquer à une forteresse !

Faudrait-il sortir de l’euro pour réaliser cette transformation ?

Non, surement pas. Et justement pour des contraintes monétaires.

La crise de la dette que connaissent les Etats européens est une opportunité extraordinaire. La proportion de dette des états n’est pas catastrophique en soi, comparé aux taux de plus de 200% au sortir de la guerre par exemple. Par contre ce qui fait craindre les marchés financier, c’est l’avenir, car on ne voit pas comment ce niveau d’endettement peut diminuer. D’une part parce qu’aucun Etat ne peut raisonnablement augmenter les impôts pour rembourser la dette : les taux sont déjà relativement élevés pour financer la protection sociale, qui est un pilier fondamental de l’Europe. De plus, dans l’économie mondiale, l’Europe ne peut plus espérer avoir la croissance la plus forte et se permettre ainsi de rembourser sa dette par le décollage du PIB. Enfin, l’allongement de l’espérance de vie et le vieillissement des populations européennes provoque une hausse naturelle des charges de retraites, de santé, de la dépendance. Par conséquent, tous les financier du monde disent “attention, l’Europe peut très bien tomber en défaut, dans l’incapacité de rembourser sa dette !”

Une dette qu’elle s’est interdit de monétiser…

Effectivement. Le mécanisme européen tendrait aujourd’hui à différencier deux types de dettes : la “dette souveraine”, et la “dette subordonnée”. La dette souveraine serait la dette garantie par tous les Etats européens simultanément. L’Europe toute entière emprunterait en émettant des obligations européennes : les sommes seraient emprunté selon un même taux, redistribuées aux Etats de façon à ce qu’ils règlent progressivement leurs déficits budgétaires jusqu’à retrouver les 3% en 2013, et les 60% de dette souveraine en 2040. Les Etats pourraient s’endetter plus mais cette dette là ne serait pas garantie par l’Europe et ses intérêts seraient plus élevés.

Or, un tel emprunt serait peut-être l’opportunité idéale pour fonder un projet collectif européen de revenu d’existence à l’échelle de l’Union. En distribuant cette création monétaire supplémentaires aux particuliers de façon égale (à la manière du dividende universel de Stéphane Laborde) au rythme de 5% par an. De quoi, au passage, redonner de l’espoir dans le projet européen.

Une quatrième piste est possible : créer un franc solidaire égal à l’euro mais non convertible créé par la Banque de France qui nourrirait le revenu d’existence selon principe d’écluse consistant à remplir un réservoir de 250 milliards de francs jusqu’à atteindre le seuil de financement nécessaire pour ce revenu. Dans ce système à deux monnaies, les gens pourraient s’échanger des francs et être payés en euros, sauf que le franc ne pourrait pas être épargné car il perdrait de la valeur au fur et à mesure, afin de n’être qu’une monnaie de consommation. Ce système est viable mais a un inconvénient à mon sens : le lien entre revenu et travail n’est pas coupé, puisque les emplois continueraient d’être rémunérés en euros, ce qui ferait de ce nouveau système un parasite du système préexistant. C’est un pontage coronarien sur un cœur fatigué, alors qu’il faudrait opérer le cœur du système.

Que pensez-vous de la proposition de “revenu citoyen” de Dominique de Villepin ?

Tout d’abord je ne suis pas très surpris puisque dans son discours j’ai entendu quasiment mes propres phrases. Mais il est vraiment resté à la surface des choses. Il n’a pas du bien comprendre. Il utilise le terme de « revenu citoyen », plutôt générique pour définir ce qui est connu depuis longtemps : c’est l’impôt négatif théorisé par Milton Friedman dans les années 1960, dans une version plus généreuse. Or, le problème de ce système est connu : il élargit à des activités non-marchandes, c’est à dire qu’on peut avoir des activités hors du système marchand en contrepartie de cette dotation, alors que dans le système de Friedman, on ne bénéficie de cette somme que si on a un emploi.

Une expérience de ce type a été menée pendant 3 ans dans le New Jersey car on craignait justement que les gens ne travaillent plus et se contentent du revenu octroyé. Or on a vu que non seulement ce n’était pas vrai mais surtout que pour rentrer dans le système il faut un emploi, et un revenu. Si on fixe le niveau à 100 et que j’ai un revenu de 20, alors on me donne 80. Mais si j’ai un emploi qui me rapporte 60, on me donne que 40. C’est à dire que les 40 que j’ai obtenu, c’est comme si on me les reprenait. Donc au final c’est un impôt de 100% sur les revenus entre 0 et 100. Et bien sur, les gens ont compris ce qu’il fallait faire : avoir un emploi peu rémunéré (mais qui fait entrer dans le système pour toucher 20 et recevoir 80 de l’Etat) et à coté travailler au noir pour gagner 80 sans rien déclarer, pour gagner 180 au final plutot que 100. Ils se sont aperçus qu’il fallait alors contrôler ! Mais étendre ce système et son contrôle à tous les Etats Unis cela aurait couté trop cher, et ils ont donc abandonné le projet. Dominique De Villepin ne fait que reprendre cette idée.

Donc il a tort ?

Évidemment qu’il a tort ! Le bon côté, c’est qu’il est le premier homme politique de haut niveau qui attire le regard des médias sur l’idée d’un revenu citoyen. Et donc de ce point de vue là, on peut lui dire merci ! Grâce à sa sortie, je suis persuadé que le revenu d’existence sera au centre du débat en 2012, d’autant que je sais que Dominique de Villepin n’est pas le seul à travailler là dessus…

Retrouvez notre dossier spécial sur le revenu citoyen :

Propos recueillis par Stanislas Jourdan

>> Illustrations flickr CC John Harvey ; mtsofan

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http://owni.fr/2011/03/18/yoland-bresson-revenu-existence/feed/ 19
Financement du revenu de vie: une bonne affaire pour les comptes publics? http://owni.fr/2011/03/17/financement-revenu-universel/ http://owni.fr/2011/03/17/financement-revenu-universel/#comments Thu, 17 Mar 2011 18:17:11 +0000 Stanislas Jourdan & Sylvain Lapoix http://owni.fr/?p=52002 Le bal des idées politiques a ceci de commun avec le bal de jeunes premiers qu’il faut être recommandé pour y entrer. Pour les jeunes premiers par un organisateur. Pour les idées politiques par des économistes. Or, de ce point de vue, l’idée de revenu de vie n’est pas vraiment habillée à la dernière mode : devant les ratés du RSA, les mesures de rigueur budgétaire et les pistes de plus en plus sérieuses de privatisation de l’assurance maladie et autres prestations sociales, les modèles de financement d’une allocation inconditionnelle laissent les fiscalistes de marbre.

Sur la question du financement, les pistes proposées par les promoteurs de l’allocation universelle et du revenu de vie ne sont pas prises au sérieux par les économistes, note Marc de Basquiat, chercheur au Groupement d’économie quantitative d’Aix-Marseille. Et pour cause : la plupart des théoriciens ne sont pas des économistes eux-mêmes mais des philosophes qui cherchent d’abord à convaincre des courants de pensées politiques, notamment de gauche. Pour eux, taxer les flux spéculatifs ou les rentes sont des solutions. Pour les économètres, ce genre de plan de financement n’est pas solide. »

Conséquence de quoi, en ces temps où l’État se fait gestionnaire, le revenu universel reste à la marge des grands débats… alors même que certaines pistes de financement pourraient résoudre certains problèmes de gestion de l’État-providence.

Zéro niche fiscale, 30% d’impôt sur le revenu et 12€ par jour pour chaque adulte

Dans la jungle fiscale, l’économiste Anthony Barnes Atkinson a dégainé le coupe-coupe avec son ouvrage Public Economics In Action (1996). Pour cet économiste inspiré des théoriciens scandinaves de l’ État-providence :

La proposition d’un basic income / flat tax et les diverses variations autour de ces éléments ont suscité un large intérêt dans de nombreux pays […] de mon point de vue, [une telle proposition] devrait être à l’ordre du jour de toute discussion fiscale sérieux ou de réforme de l’aide sociale au XXIe siècle.

Son idée: faire table rase des taxes directs pour créer un impôt sur tous les revenus (de 25 à 30%, la « flat tax ») afin de garantir à chacun un revenu minimum (différents selon les âges). Sans exception ni niche fiscale, l’objectif avoué de ce système est de rebattre les cartes de l’État-providence pour assurer une redistribution plus efficace sans décourager le travail. Très répandue dans les pays anglo-saxons, cette version du revenu minimum garanti trouve également des défenseurs en France. Marc de Basquiat y voit un outil de substitution efficace à une cascade de prestations sociales dont :

  • Allocations familiales
  • Complément familial
  • Allocation de base de la PAJE (sous conditions de ressources)
  • Revenu Minimum d’Insertion (RMI)
  • Revenu de Solidarité Active (RSA)
  • Allocation de Solidarité Spécifique (ASS)
  • Prime pour l’Emploi (PPE)
  • Allocation Parent Isolé (API)
  • Allocation d’Insertion (AI)
  • Bourses d’études sur critères sociaux
  • Quotient conjugal et quotient familial
  • Décote de l’impôt sur le revenu
  • Exonération des charges sur les bas salaires
  • Niches fiscales
  • etc…

Résultat de cette mise à plat, les calculs des diverses pondérations (âge, handicap…) seraient largement simplifiés et le « parcours de l’argent », (depuis ce nouvel impôt sur les revenus jusqu’à sa redistribution) deviendrait plus clair aux yeux de tous.

Un impôt unique: la TVA sociale?

Dans la vision du Grundeinkommen, le revenu de base dans sa version allemande et suisse, le financement repose sur une TVA sociale boostée dont le taux pourrait atteindre… 50 % ! De quoi faire bondir plus d’un Français: à quoi bon percevoir un revenu de base si toutes les dépenses augmentent ?

A ceci prêt que les économistes Dani Häni et Enno Schmidt font de cette super TVA un impôt général, remplaçant jusqu’aux cotisations salariales et patronales. Dans leur logique, le travail n’étant plus le seul et unique facteur d’intégration sociale, il n’y a aucune raison que sa taxation finance majoritairement le revenu de base.

Avantage de ce mode de financement, il fait de chaque citoyen un contributeur et un bénéficiaire: tout le monde reçoit et tout le monde paie. Les plus pauvres voyant ainsi la taxation compensée par l’octroi du revenu de base, instaurant une progressivité malgré la taxation unique.

Intitulé des colonnes de gauche à droite : 1. revenu de base ; 2. revenu du travail ; 3. revenu global brut ; 4. revenu disponible ; 5. imposition ; 6. taux d'imposition réel

Ainsi, comme l’explique la vidéo sur le revenu de base, pour ceux qui touchent un salaire inférieur au montant du revenu de base (fixé à 1000€ dans cet exemple), le taux de taxation est nul puisque c’est l’administration fiscale qui, par le revenu de base, a financé les 1000€ de pouvoir d’achat. En revanche, plus le revenu du travail augmente, plus c’est le revenu du travail qui est indirectement imposé. Le taux d’imposition augmente ainsi progressivement.

Par ailleurs, l’avantage de la TVA sociale comme impôt unique réside aussi dans sa facilité de mise en œuvre. Là où l’imposition du travail ou des revenus du capital requièrent l’intervention d’une armée de contrôleurs fiscaux pour dénicher les inévitables resquilleurs, la TVA sociale est d’une grande facilité de contrôle, contournant par ailleurs les pertes occasionnées par le travail au noir.

Dernier avantage: pour peu que des pays exportateurs continuent de taxer le travail plutôt que de mettre en place cette super TVA, la « double taxation » qui en découlerait agirait comme un puissant outil anti-délocalisations. A moins que ce système ne se généralise à l’étranger.

Le retour de la planche à billets?

Ne riez pas, cette proposition est très sérieuse.

Dans les années 1920 déjà, un ingénieur britannique, Clifford Hugh Douglas proposait la mise en place d’un « crédit social ». Ce dernier a été à l’origine du Social Credit Movement qui connu un certain succès à l’époque, notamment au Canada.

Parmi les premiers à démontrer la production monétaire par le crédit bancaire (dit argent-dette), Douglas a construit sur ce constat une proposition résumée dans son ouvrage Social Credit : aligner la création monétaire à la croissance du PIB, et de distribuer l’argent ainsi “fabriqué” sous la forme d’un dividende reversé à chaque citoyen. Malheureusement, l’école monétariste et le système bancaire de réserves fractionnaires a entre temps gagné la faveur des politiques, et la moindre proposition de faire “tourner la planche à billets” donne aujourd’hui des boutons aux dirigeants.

Il aura fallu attendre longtemps avant que des ouvrages ne remettent au goût du jour ce type de théories, et notamment celui de Stéphane Laborde, La Théorie relative de la monnaie, dans lequel il démontre, par des critères mathématiques, la pertinence d’un dividende universel correspondant à environ 15% du PIB. Non sans hasard, Yoland Bresson, après avoir écrit, Le revenu d’existence ou la métamorphose de l’être social, en 2002, a signé la préface de l’ouvrage de Laborde.

C’est que ces théories sont intimement liées : le revenu d’existence de Bresson, tout comme le «dividende universel » de Laborde se justifient par l’idée selon laquelle « un citoyen sans argent n’est rien », et qu’il est légitime que les citoyens bénéficient concrètement des richesses de la zone économique à laquelle ils participent. Du coup, à la différence des tenants de l’« allocation universelle », ces théories défendent l’idée d’un dispositif non pas redistributif, mais directement distributif. Ce qui implique que son financement ne peut provenir que d’une masse monétaire nouvelle, et non de la redistribution fiscale. Un peu comme au Monopoly, lorsque les joueurs repassent la case départ…

Dès lors, l’idée que la création monétaire pourrait “financer” – en partie au moins – le revenu universel devient une hypothèse viable du point de vue des finances publiques… D’autant plus que cette proposition n’implique pas de faire table rase du système de redistribution actuel, contrairement aux propositions précédentes… En revanche, à moins de recourir à une monnaie complémentaire, cela nécessiterait de s’attaquer à la forteresse du système monétaire et à son donjon: la Banque Centrale Européenne…

Dépasser l’illusion de l’impossible financement

En prouvant la viabilité de ce que beaucoup considèrent comme une « utopie », les diverses formes d’allocation universelle montrent une limite bien réelle du système social français: le bug de la machine à redistribuer les richesses. Prélevés par mille mécanismes, réinjectés par autant d’aides, allocations et crédits d’impôts, les revenus des Français empruntent des tuyaux incompréhensibles qui, au final, ne permettent même pas une compensation des inégalités sociales. Se penchant sur la mise en place du RSA, Philippe Mongin, membre du Conseil d’analyse économique faisait de cet enjeu une question démocratique :

La transparence du système de transferts positifs ou négatifs décidés par l’État – au-delà, donc, du système de solidarité lui-même – se recommande au nom du principe de légitimité démocratique. Il importe non seulement que justice redistributive soit rendue, mais que la collectivité sache à quoi elle s’engage en la matière. Ce ne sont donc pas seulement les bénéficiaires, mais aussi le contribuable et le citoyen, qui trouveraient leur compte à un rassemblement des dispositifs autour d’une allocation simple et cohérente. Une fois qu’elle percevra mieux les coûts et les bénéfices, la collectivité peut évidemment choisir de modifier ses engagements initiaux.

Malgré l’affichage d’ambitions réformatrices, pas sûr que le « Grenelle de la fiscalité » annoncé par le président de la République, fasse écho à cette idée ambitieuse de « démocratie des finances publiques ». L’idée que la plomberie incompréhensible de la fiscalité française reste peu redistributive avait déjà été développée dès 1999 dans le rapport de François Bourguignon et Dominique Bureau. A l’époque, déjà, la réforme de la TVA et des autres modes d’imposition directs ou indirects agitait un autre gouvernement, de gauche celui-ci. Bourguignon et Bureau affirmaient qu’il y avait « peu à attendre » de la réforme de ces impôts. Et déjà, les deux économistes réfléchissaient à la curieuse solution d’Atkinson d’une taxe unique sur les revenus… et d’un revenu inconditionnel pour tous.

Retrouvez notre dossier spécial sur le revenu citoyen :

>> Illustrations CC flickr Paul falardeau ; Paul Nicholson

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